[CART SUR TABLE] La présidentielle 2027 sonne-t-elle le retour du populisme ?
Il y a environ dix ans, il se passait en France – et même dans le monde occidental avec le Brexit ou la première élection de Trump – ce que l’essayiste Alain de Benoist qualifiait de « moment populiste ». Partout la révolte et la défiance de couches de population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » semblaient s’accélérer. On parlait alors d’un fossé toujours plus grand entre le peuple et la Nouvelle Classe dominante, souvent incarnation du déracinement et de la mondialisation.
En France, paradoxalement, cela a débouché sur deux mandats d’Emmanuel Macron. Surfant habilement sur l’effacement du vieux clivage droite-gauche, notre président actuel incarnait aussi dans son genre un certain « dégagisme ». Certains parlaient même de la revanche de la société civile sur le vieux monde politique. Mais après dix années de macronisme, on peut faire la constat suivant : il fallait que tout change pour que rien ne change – et même s’aggrave -, selon la belle formule issue du roman Le Guépard (Seuil) de Lampedusa.
L’apex de cette fracture fut les Gilets jaunes. D’ailleurs, récemment, alors que l’essence est au plus haut, des appels à la mobilisation fleurissent sur les réseaux. Le 9 septembre sur LCI , Amélie Carrouër posait la question de ce possible retour à Alain Bauer, criminologue bien connu des plateaux. Ce dernier répondait laconiquement qu’il pourrait revenir mais en « pire ». Il est vrai que le mot « populisme » s’impose dans cette élection – que ce soit d’une manière laudative ou péjorative. Tandis que Marine Le Pen affirmait en mars dernier que « si être populiste c’est être au service des Français, alors je suis fière de l’être », l’ancien ministre Jean-François Copé sortait un livre, Quand les populistes trahissent les peuples (Plon), un mois plus tard, pour dénoncer leur soi-disant « trahison ». Cela est peu surprenant car dénonciation des deux populismes, de droite et de gauche, fait partie intégrante de la vulgate du Bloc central avec d’autres comme la « Tenaille identitaire » ou la « théorie du fer à cheval », affirmant que l'extrême gauche et l'extrême droite se ressemblent plus qu'elles ne ressemblent au centre politique.
Un leader capable de s'affranchir des règles
En tout cas, trois sondages de 2026 nous indiquent qu’une nouvelle « vague populiste » est en cours. Selon une enquête réalisée pour Le Monde par Ipsos BVA-CESI, 74 % des personnes interrogées estiment que la situation du pays va se détériorer dans les mois à venir – 82 % chez les sympathisants du Rassemblement national (RN) et 73 % chez ceux de La France insoumise (LFI), contre 60 % « seulement » dans le bloc central. D’autres données sont saisissantes : près de 77 % des Français estiment que la principale division de la société oppose les citoyens ordinaires aux élites politiques et économiques, et le besoin exprimé d'avoir un « leader fort capable de s'affranchir des règles » pour redresser le pays reste une attente majeure partagée par près d'un Français sur deux.
Sorti quelques jours plus tôt, un autre sondage mérite notre attention. Selon une enquête Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, une écrasante majorité de Français est favorable à ce que le président puisse organiser un référendum en cas de censure d’une loi par les Sages - et donc du Conseil constitutionnel. Chose intéressante : le populisme français est en réalité un hyper-démocratisme ainsi que la volonté d’avoir un exécutif fort, capable d’action même si cela oblige le pouvoir à passer outre certains obstacles institutionnels. Ainsi près de huit Français sur dix (79 %) se déclarent favorables à un recours plus fréquent au référendum pour trancher des lois ou des politiques publiques importantes. Et pour finir ce panorama, regardons le baromètre de la confiance politique du Cevipof de février. 22 % seulement des Français déclarent avoir confiance dans la politique, 20 % dans l’Assemblée nationale – plus bas historique de la série – et 76 % estiment que la démocratie ne fonctionne pas très bien ou pas bien du tout, également un niveau inédit depuis la création du baromètre.
Tout cela nous renseigne sur le climat de notre pays. Et si la classe dirigeante française, qui s’est longtemps crue épargnée, allait découvrir, en 2027, l’ampleur du climat de défiance et d’insatisfaction qui règne dans le pays sur fond d’échec économique, d’immigration incontrôlée, de perte de souveraineté et de paralysie politique. Et si 2027 sonnait l’heure d'une grande bascule ? Le peuple semble manifestement le demander. À voir si une personnalité politique osera chevaucher ce tigre populiste, qui reste une bête bien difficile à dompter…
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34 commentaires
Etre populiste semble vouloir revenir aux débuts de la V° République. En tous cas, en 1957 le discrédit de la classe politique était aussi élevé qu’aujourd’hui. Je suis donc populiste et le suis encore plus lorsqu’il s’agit de ce qu’on appelle l’Europe.
C’est la défiance des élites vis à vis du peuple qui créé la tension pas le contraire.
Il faut bien être conscient que ce mot populisme ne veut absolument rien dire de concret ,ceux qui utilisent ce mot n’ont pa s grande cervelle et marque ainsi leur façon de cacher une réalité qu’ils n’acceptent pas,,,,,,cela s’appelle cabale ou kabale ;c’est a dire un fourre tout ou l’on ne retrouve rien et surtout pas ce qui pourrait fâcher !
ID. Islamophobie, racisme, fascisme. Tous des mots vidés de leur sens, des armes idéologiques.
mais qu’est-ce qu’on a à faire des qualificatifs des piliers de comptoirs gauchistes ?
@Monic29 : la première des choses est d’avoir un langage commun, en l’occurence le FRANÇAIS. Donc si les Français veulent se parler il est primordial qu’ils attribuent à un mot le même sens / définition ; sinon il est illusoire et inutile de de dialoguer. Le respect de l’autre et de ses opinions est primordial sinon l’échange ne sert à rien.
à Aby, son message du 18 septembre à 10 heures 39
sauf que vous ne vous prononcez pas sur la problématique de cette désaffection de la citoyenneté. Cela ne compte pas pour vous ?
Limousin
Autrefois, je m étais engagée pour la nation par vocation. J avais l’impression de faire partie d’ un tout. Aujourd’hui, avec ce que je vois dans cette société, je ne suis pas certaine que je le referais. Les gens sont individualistes et ce n ai pas forcément de leur faute. C est une évolution de la société qui pratique l inversement des valeurs. Bientôt nous ne serons plus citoyens français mais d un grand machin appelé l’Europe.
Les médias entretiennent la scission droite gauche dans leur intérêt de maintenir leur mini bloc central au pouvoir.
Français, unissez vous et oubliez un peu votre idéologie!
@ALDO MACRONE TAIS TOI QUAND TU PARLES : idéologie qui bloque tout dialogue et se trouve donc toujours aux centre des conflits : oublier l’idéologie apporte la réflexion, ouvre le dialogue et la voie de la stratégie gagnante.
« populisme » ! Un mot tellement dévoyé ! Naguère il faisait mème partie du langage courant des socialismes naissants. La racine est bien celle du mot « peuple » , non ? Quoi de plus respectable que de se préoccuper du meilleur être du Peuple ? Aujourd’hui tout ce qui est traité de « populiste », c’est mal ! Un fourre-tout en trompe l’oeil, utilisé exclusivement par ceux-là mêmes qui se réclament du Peuple ! C’est à ne rien comprendre de leur part.
Le populisme (mot détestable qui prétend simplement humilier les populations qu’il vise) est la fille de l’incompétence des dirigeants. C’est la dégradation de tous les aspects du fonctionnement de notre pays et les conséquences de cette dégradation sur la vie des populations qui sont à l’origine de la protestation qui est qualifiée de populisme. Ceux qui prétendent ainsi humilier ces protestataires doivent se dirent que ces derniers ont suivi les mêmes parcours universitaires et possèdent probablement les mêmes quotients intellectuels qu’eux-mêmes.
Certes, les dirigeants sont incompétents et méprisants mais tout n’est pas de leur faute lorsque « leurs » administrés ne font pas le nécessaire pour se comporter en citoyens.
C’est trop facile de chercher un coupable et de le rendre entièrement responsable de toute cette crise.
Et précisément, le populisme ne se pose pas la question d’un éventuel (ici réel) partage de responsabilités dans cette crise.
@Brigantin : » École littéraire qui décrit avec réalisme la vie des gens du peuple. » : définition du dictionnaire qui devrait être bien intégrée par tous ceux qu’il l’utilise .