« Pourquoi le RN, la Lega de Salvini et le Fidesz d'Orbán veulent lever les sanctions contre la Russie ? Au Parlement européen, j'ai émis deux hypothèses - et potentiellement la seule -, c'est peut-être les valises de billets. Ou le soutien plein et entier au projet politique de Poutine. » L’attaque de Stéphane Séjourné, ancien socialiste, macroniste de la première heure, député européen et nouveau « patron » de Renaissance, à la tribune du Parlement européen, est sans détour. Des propos qui frôlent les barbelés de la diffamation, comme l’a fait remarquer Marine Le Pen dans un tweet : « Qu’il ait le courage de dire cela sur un plateau pour que nous puissions le traîner devant un tribunal et le faire condamner pour diffamation ! » Faudrait-il encore que l’immunité parlementaire de Séjourné soit levée, ce dont on peut douter, puisque le compagnon à la ville de Gabriel Attal se trouve du bon côté du manche. Notons, en passant, que dans son tweet, Séjourné n'a pas repris la totalité de sa déclaration, supprimant ce passage « et potentiellement la seule », ce qui transforme l'hypothèse en quasi-affirmation.

Cette attaque vient quelques semaines après que le député RN Julien Odoul a demandé, sur franceinfo, l’ouverture d’une commission d’enquête sur le financement étranger de tous les partis. Demande qui se voulait une contre-attaque au dépôt, sur le bureau de l'Assemblée nationale, le 24 septembre, par huit députés de la majorité, d’une lettre réclamant une commission d’enquête sur le financement des partis par la Russie (avec, dans le viseur, le RN).

Cette attaque frontale de Stéphane Séjourné, en tribune, à l’évidence, vise moins la Lega de Salvini ou le Fidesz d’Orbán que le de Jordan Bardella, lui aussi député européen. Des propos qui ont sans doute pour but de rediaboliser le Rassemblement national, principal adversaire d’Emmanuel Macron, Poutine étant le diable et Zelensky le nouveau chevalier blanc de l’Occident. Dans cette guerre totale qui est en train de s’installer sur notre Vieux Continent, il n’y a pas de place pour la nuance : c’est blanc ou c’est noir, on est pour ou on est contre Poutine. Discuter de l’efficacité des sanctions contre la Russie, c’est déjà prendre le chemin de la haute trahison. À quand la destitution des parlementaires réputés pactiser avec « l’ennemi », à l’instar de ce qui se produisit, en 1940, pour les députés communistes refusant de condamner le pacte germano-soviétique ? La différence entre le PCF de 1940 et le RN, c’est que ce dernier ne prend pas ses ordres à Moscou, ne forme pas ses cadres à Moscou et ne part pas en exil à Moscou… et, évidemment, ne perçoit pas de valises de billets à Moscou, comme Séjourné en fait l’hypothèse. Mais dans cette atmosphère hystérisante où une Ursula von der Leyen en appelle à « faire preuve de détermination et pas d’apaisement » vis-à-vis de Poutine, on peut s’attendre à tout ! Il devient plus que très compliqué d’essayer de diaboliser le Rassemblement national, notamment autour du thème de l’immigration, compte tenu d’une opinion publique française chauffée à blanc sur ce sujet. Alors, l’agression de Poutine en Ukraine est, d'une certaine manière, une bénédiction, au plan bassement politicien, pour Emmanuel Macron et la Macronie, pour tenter de rejeter hors du fameux « arc républicain » le Rassemblement national.

Cette hystérisation du débat autour de la guerre en Ukraine, qui sert d’écran de fumée pour mieux cacher les impérities, les échecs de la politique d’Emmanuel Macron depuis cinq ans et plus (si l’on prend en compte ses années au service de Hollande), est plus qu’inquiétante. La guerre anime le discours mais le discours anime la guerre. Jusqu’où cela ira-t-il ? On l’ignore. On notera seulement qu’on a vu peu de ces va-t-en-guerre, si nombreux en Macronie, se porter volontaires pour subir un minimum de formation militaire afin que, si par malheur la guerre venait à déborder des frontières de l’Ukraine, ils puissent sans délai mettre leur idéal européen au bout de leur fusil. Il est vrai que n’est pas Jean-Marie Le Pen qui veut, lui qui, alors qu’il était député, s’était porté volontaire pour aller combattre en Algérie…

Mais pour revenir aux hypothèses de Séjourné, peut-être en a-t-il oublié une : il n’est pas impossible, tout simplement, que le Rassemblement national pense d’abord à la France et aux Français.

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6 octobre 2022

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49 commentaires

  1. Il serait grand temps de considérer Poutine pour ce qu’il est: un ennemi de l’Occident, au même titre que l’islamisme, le gauchisme, le wokisme, la mondialisation, la fascination pour les autocrates haineux du monde occidental et, donc, la poutinolâtrie. Cette intersectionnalité des ennemis de l’Occident s’est d’ailleurs clairement vue dans le dernier discours stalino-woke de Poutine sur les méfaits commis par ledit Occident au cours de l’histoire quand il proscrit des livres scolaires russes les crimes de masse de Staline. Je confirme: Poutine est notre et mon ennemi.

  2. « Compagnon du tour de France  » c’est bien .Mais « compagnon » ça suscite bien des interrogations :wokisme ,invertion des valeurs …les qu-en-dira-t-on des temps passés …,tout cela n’est pas un gage de bons sentiments ,d’hônneteté .Méfiance ..

  3. Que l’on enquête d’abord sur les financements de Renaissance, EELV et LFI par Soros (ou son Open Fondation, Société).

  4. Pafaitement observé et excellente conclusion : tout est dit ;
    La macronie , de plus en plus odieuse ,ferait mieux de balayer devant sa porte au lieu d’ attaquer bassement et lâchement ses concurrents directs

  5. Il ne dit rien sur l’activité du fiston Biden en Ukraine par contre. Mais il est du bon côté du manche…

  6. C’est curieux, ces gens-là n’évoquent jamais le pognon de la CIA et/ou du « philanthrope » George Soros destiné à provoquer les renversements de régimes qui n’ont pas l’heur de plaire aux USA, et déversé sans aucune limite …

  7. Sinon, à part l’hypothèse de valises de dollars, qu’est-ce qui pourrait bien justifier le maintien des sanctions contre la Russie qui profite aux russes et surtout aux Américains tout en affaiblissant l’Europe ?
    M. Séjourné aurait il pensé à l’hypothèse des valises de billets en recevant la sienne?

    1. Un gars dont le patron est un » young leader » , qui a bradé Alstom en le cédant à GE et qui a utilisé largement les services de Mc Kinsey , il faut avoir du toupet de la ramener sur une hypothétique valise pleine de billet sortie de l’imagination fertile de ce type qui prend ses désirs pour la réalité !

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