Coronavirus - Editoriaux - Justice - 24 mars 2020

Le garde des Sceaux veut désengorger les prisons

Si vous psychotez à cause du coronavirus – comme l’anxieux de Bigard qui envisageait qu’une chauve-souris enragée frappe à sa porte -, vous n’avez pas fini de vous faire des cheveux. Ce matin, la mairie de ma riante petite commune m’a envoyé un courriel alarmant : « Soyez vigilants, n’ouvrez pas (y compris aux démarcheurs de sociétés de surveillance en habit) ! »

Si vous vous demandez d’où pourraient bien sortir ces malfrats en smoking ou en queue-de-pie, la réponse est simple : de prison ! Parce que si Taubira en rêvait, Belloubet le fait.

Notre garde des Sceaux vient, en effet, d’annoncer aux syndicats de la pénitentiaire qu’il allait falloir relâcher 5.000 détenus, histoire de désengorger les prisons pour limiter la propagation de l’épidémie. Et peut-être aussi, un peu, pour éviter les mutineries ?

D’ailleurs, selon Le Figaro, « la contrôleure (sic) générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), le Défenseur des droits, des organisations et de nombreux magistrats et avocats ont appelé à libérer “massivement” et en “urgence” des détenus afin d’éviter une crise sanitaire et sécuritaire en prison ». Ah ! les braves gens…

C’est que même si on a fait Sciences Po, l’ENA, l’ENM, tout ça, les besoins en lieux de détention, c’est comme les masques et les tests de dépistage : super difficile à prévoir. Surtout dans un pays aussi peu fiscalisé que le nôtre : on ne peut pas tout faire !

En revanche, ce qu’on enseigne très bien dans ces écoles, c’est plutôt « Dis-moi ce qu’il te manque, je t’expliquerai comment et pourquoi tu peux t’en passer ».

Évidemment, il y aurait bien les bracelets électroniques, mais pas de chance, leur pose est suspendue en raison du coronavirus : damned, encore raté ! Alors, allons-y et commençons par libérer les détenus dont les reliquats de peine sont inférieurs à deux mois. Mais attention, pas ceux incarcérés pour faits de terrorisme (il faut bien deux mois, aujourd’hui, pour se faire livrer un couteau par Amazon…), ni ceux encabanés pour violences conjugales (les féministes veillent !). Ce qui nous laisse les escrocs, les braqueurs, les trafiquants de drogues… qui, en sortant, pourront croiser ceux qui seront condamnés à six mois de prison pour non-respect du confinement.

À l’heure des blagues dans les dîners en ville, c’est-à-dire dans quelques mois, essayez donc celle-ci : « Je fais confiance à la justice de mon pays. ». Effet assuré !

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