Lundi, la France commémorait le sacrifice d’ lors de l’attaque terroriste de Trèbes. Ce mardi matin, on apprenait qu’en Italie, un prêtre malade du coronavirus avait sacrifié sa vie en donnant son respirateur à un autre malade.

L’héroïsme est-il une vertu qui ne s’exerce qu’en temps de guerre ? Et après tout, sommes nous réellement « en guerre », comme le dit Emmanuel Macron ?

Réponse de l’abbé Christian Venard, aumônier militaire, au micro de Boulevard Voltaire.

Nous commémorions hier le sacrifice d’Arnaud Beltrame. Cet officier de gendarmerie est mort pour avoir sauvé un otage pendant l’attentat terroriste de Trèbes. Que fallait-il retenir de ce geste ?

Au moment même des faits, ce qui avait frappé tout le monde, c’était l’héroïsme d’un homme qui accepte de donner sa vie pour quelqu’un d’autre. Il a échangé sa vie pour qu’un otage puisse conserver la sienne. Comme nous sommes dans une société profondément marquée par l’individualisme et dans laquelle la mort est devenue un tabou, je crois que cela a profondément marqué tous nos concitoyens. Il est très beau de voir que même deux ans après, l’exemple qu’il a donné reste d’actualité, et encore plus dans les circonstances que nous vivons.

Un prêtre italien de 72 ans est mort pour avoir demandé qu’un autre patient soit intubé à sa place. Ce geste est héroïque et similaire à celui du colonel Beltrame.

Le prêtre italien, Don Guiseppe Berardelli, a eu ce geste magnifique d’accepter que les appareils de respiration qui l’aidaient à survivre puissent être donnés à un jeune homme. Là aussi, on touche du doigt cette parole même du Christ : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Je pense aussitôt à cet extrait de l’épître de Saint Paul aux Romains qui nous dit ceci : « On accepterait à peine de mourir pour un juste, mais Dieu accepte de mourir pour nous qui sommes des pécheurs. » Le geste de ce prêtre est exactement dans la droite ligne de ce que le disciple du Christ est amené à vivre. Non pas que l’héroïsme soit réservé aux chrétiens. Ce n’est pas du tout mon propos. Quels que soient notre couleur, notre race, notre religion, notre nationalité ou notre statut social, nous sommes tous capables d’héroïsme.
Pour le chrétien, cet héroïsme est une exigence du Dieu auquel il croit. Ce Dieu a lui-même donné sa vie pour les pécheurs que nous sommes. Lui même nous a donné cette consigne d’aimer même nos ennemis.
On peut penser aussi au geste de Maximilien Kolbe dans les camps de concentration. Un prêtre est encore plus à même de poser ce geste parce qu’il a normalement donné toute sa vie et tout son cœur pour les autres et pour Dieu. C’est exemple est magnifique pour nous, les prêtres, mais aussi pour nous tous.

L’héroïsme est une vertu qui se déclare souvent en temps de crise. D’après le Président, nous sommes en guerre. Sommes-nous vraiment en guerre ?

Pour être très franc avec vous, dans la communauté militaire, je ne suis pas le seul à être mal à l’aise face à un usage un peu immodéré de ce langage guerrier. Ces mêmes politiques et ces mêmes décideurs ont parfois tant de mal à utiliser ce langage guerrier, je pense en particulier contre le terrorisme islamique.
Je me souviens d’un chef d’état major des armées dont je ne citerai pas le nom : il avait osé dire, que nous n’étions pas en guerre, alors qu’on perdait des hommes en Afghanistan.
Il y a quelque chose de schizophrène dans notre société qui fait que d’un seul coup, on serait prêt à utiliser l’état de métaphore guerrière. Alors que lorsqu’il s’agit véritablement de guerre et quand la France envoie certains de ses enfants faire la guerre, on est beaucoup plus circonspect. Il y aura sûrement des leçons à tirer pour l’avenir. En effet, chacun d’entre nous a la nécessité collectivement de nous densifier par rapport aux situations difficiles.
Je voudrais ajouter un petit élément pas du tout dans un esprit polémique. J’approuve des deux mains les applaudissements à 20 heures. Tant mieux si cela permet aux personnels soignants de sentir que la population est derrière eux et à tous ceux qui font cela d’avoir l’impression de faire quelque chose. À mon sens, il manque un élément. La résilience n’existe pour de vrai que lorsqu’elle sait vers quoi elle va. Ces applaudissements me paraissent trop horizontaux. Nous aurions besoin d’élever notre regard. J’admire davantage la manière dont les Italiens se retrouvent aux balcons et chantent leur hymne national. Il y a là quelque chose de plus fédérateur qui conduit davantage à une union vers le haut pour savoir ce qu’il nous réunit.

À lire aussi

Abbé Christian Venard : « À travers ces commémorations du 8 mai 1945, nous respectons le sacrifice de ces hommes et de ces femmes qui ont combattu »

Aujourd’hui, 8 mai, la France commémore la date à laquelle l’Allemagne nazie a…