Le drame du cloître de Condom

Près de 4.000 ouvrages anciens ont été endommagés ou réduits en cendres par l'incendie.
@ Nicolas Thibaut / Photononstop via AFP
@ Nicolas Thibaut / Photononstop via AFP

Dans la soirée du 12 juin 2026, la ville de Condom, dans le Gers, a été frappée par un véritable cataclysme. Un incendie s'est déclaré dans une partie du cloître attenant à l’ancienne cathédrale Saint-Pierre, au sein des locaux occupés par la médiathèque municipale Yves-Navarre. Très rapidement, les flammes ont gagné la toiture et une importante colonne de fumée s'est élevée au-dessus de cet ensemble épiscopal exceptionnel. Malgré l'intervention d’une cinquantaine de courageux soldats du feu et la mobilisation d’une quinzaine de véhicules, les dégâts se révèlent considérables.

Des dégâts matériels et patrimoniaux considérables

Le brasier a ainsi détruit une grande partie de l'aile ouest du cloître, ainsi qu'une portion importante de sa toiture. Selon les premières estimations, près de 450 m² de bâtiments ont été touchés. Si l’ancienne cathédrale Saint-Pierre a pu être préservée, le cloître a subi des dommages majeurs qui nécessiteront de longs travaux de restauration. Les architectes des Bâtiments de France ont constaté que les pierres du bâtiment avaient été fragilisées par les importantes quantités d’eau déversées pour combattre l’incendie.

La perte la plus douloureuse concerne les collections conservées dans les locaux de la médiathèque. En effet, environ 4.300 ouvrages anciens composaient le fonds patrimonial. D'après le maire de Condom, Jean-François Sabathier (DVG), près de 90 % de cet ensemble a été détruit ou gravement endommagé car les flammes ne sont pas les seules responsables de cette catastrophe. L’eau salvatrice des pompiers a également causé involontairement d’importants dommages en imbibant les pages séculaires de nombreux ouvrages. Ces derniers appartenaient principalement au fonds Bossuet, un ensemble patrimonial lié à Jacques-Bénigne Bossuet, nommé évêque de Condom en 1669, avant de devenir l’une des plus grandes voix intellectuelles et religieuses du Grand Siècle. Un missel lui ayant appartenu comptait notamment parmi les pièces conservées dans ce fonds.

Les équipes municipales et les spécialistes du patrimoine s'efforcent désormais d'identifier les documents encore récupérables et de sauver ceux qui ont été endommagés par l'humidité. Le maire de la commune est démuni : « On essaie de préserver ce qui peut l'être, le plus possible. »

Une enquête encore en cours

Après avoir maîtrisé l’incendie et constaté l’étendue des dégâts, l’heure est désormais à l’enquête. Selon les premières constatations, l'hypothèse d'un départ de feu accidentel semble privilégiée, même si cette piste doit encore être confirmée par les expertises techniques en cours. Les investigations portent notamment sur la zone où le feu aurait pris naissance dans les locaux de la médiathèque avant de se propager à la charpente puis à la toiture.

Parallèlement à l'enquête judiciaire, un important travail d'évaluation est conduit par les services de l'État, les archivistes et la direction régionale des affaires culturelles. Leur mission consiste à dresser un inventaire précis des pertes, à déterminer les possibilités de restauration et à préparer les futures opérations de sauvegarde. Le ministre de la Culture a rapidement pris contact avec la municipalité, tandis que la Fondation du patrimoine a annoncé son déplacement prochain sur place afin d'étudier la mise en œuvre d'une campagne de soutien destinée à participer à la sauvegarde et à la restauration de ce précieux témoin de l'Histoire locale.

Un monument chargé de cinq siècles d'histoire

Le cloître de Condom fut édifié entre 1521 et 1544, en même temps que la cathédrale Saint-Pierre avec laquelle il formait le cœur de la cité épiscopale. Son histoire plonge cependant ses racines bien plus loin dans le passé. Le site s'élève sur les fondations d'un ancien monastère bénédictin dont l'abbatiale fut érigée en cathédrale en 1317, lors de la création du diocèse de Condom. Au fil des siècles, l'édifice connut plusieurs campagnes de destruction, de reconstruction et d'agrandissement, jusqu'aux importants travaux menés au début du XVIe siècle qui lui donnèrent en grande partie son aspect actuel. Le cloître constituait un lieu essentiel de la vie religieuse. Ses galeries servaient de salle capitulaire avant d'abriter une chapelle dédiée à sainte Catherine. Jusqu'à l'incendie de juin 2026, il conservait encore trois remarquables arcades en forme d’ogive et ornées de neuf clés de voûte peintes et sculptées aux armes des différents évêques de Condom. Cependant, à peine achevé au XVIe siècle, l'ensemble dut affronter les bouleversements provoqués par les guerres de Religion : la cathédrale et son cloître se sont trouvés menacés de ruine et de destructions par les troupes huguenotes.

Les siècles suivants ne furent guère plus paisibles. Sous le Directoire, en 1796, la cathédrale et le cloître furent vendus comme biens nationaux. Ce dernier fut alors détourné de sa vocation première pour être utilisé comme un simple entrepôt, abritant alambics et tonneaux d’armagnac. En 1801, la signature du concordat entre Bonaparte et Pie VII eut des conséquences : la cathédrale perdit son statut épiscopal à la suite de la suppression du diocèse de Condom. Ce changement n'altéra cependant en rien l'importance historique et architecturale de l'édifice, qui fut classé monument historique dès 1840 avant d'être racheté, avec le cloître, par la ville de Condom en 1861. Après plusieurs campagnes d'aménagement et de restauration, les services municipaux s’installèrent dans le cloître en 1883. Cet ensemble patrimonial, après avoir survécu aux guerres, aux bouleversements révolutionnaires et aux transformations des siècles passés, se retrouve aujourd'hui gravement menacé par l'incendie de ce 12 juin 2026.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

26 commentaires

  1. J’ai du mal à comprendre qu’un travail d’anticipation pour mettre à l’abri des ouvrages anciens n’ait pas été entrepris depuis longtemps. Laisser des livres anciens de cette valeur dans des lieux aussi vulnérables c’est de l’irresponsabilité. Ceci dit, je suis révoltée par ces incendies récurrents qui touchent principalement les édifices religieux chrétiens, pour ne pas dire catholiques !

  2. L’urgence de toutes les urgences pour tout dépôt patrimonial : numériser les manuscrits et livres précieux. La chose est en cours, mais trop lentement, faute de moyens… et d’intérêt des élus, voire des bibliothécaires.

  3. C’est fou comme notre patrimoine cultuel et culturel chrétien a tendance à partir en fumée, ces temps-ci. Il est bien naturel de se méfier des enquêtes sur des faits appelés immédiatement « accidentels » avant tout commencement de preuve.

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