On peut tirer des enseignements de toute crise, même catastrophique, et en particulier de celle du Covid-19. L’économie mondiale avant la pandémie était fondée sur une production dans des pays à bas coût, dont la Chine. Quand les fournisseurs devenaient trop chers (parce que les salaires de la population locale augmentaient quelque peu), on en changeait. Ainsi, on est passé de la Thaïlande au Bangladesh et, dernièrement, à l’Éthiopie. Néanmoins, la Chine a gardé une part importante de la production mondiale car elle emploie une main-d’œuvre en partie contrainte ou de jeunes enfants. L’arrêt presque total de l’empire du Milieu, en février, a pris nos industries de court et mis plusieurs secteurs en difficulté ; une réflexion sur l’après-crise vient d’être entamée. Selon M. Darmanin, il faudra rapatrier une partie de la production des marchandises de base en Europe, et plus particulièrement en France.

Le naufrage de la mondialisation est illustré par la pénurie de masques et l’incapacité dramatique d’offrir un premier rempart contre le Covid-19 aux Français et surtout aux soignants. Chaque pays s’est replié sur lui-même dans ce domaine, a réservé sa production pour ses nationaux. Nous n’avions plus que trois sites industriels capables de fabriquer des masques. Même si leurs capacités ont été doublées voire triplées en faisant tourner les usines 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, le déficit en masques reste et restera criant. On ne pourra guère aller plus loin dans cette industrie, faute de machines-outils nécessaires. Ces dernières sont sans doute produites en Allemagne.

Il en est de même pour les médicaments : les bases de ceux-ci sont fabriquées en Chine, avant de passer par l’Inde qui les affine. Ils sont ensuite importés chez nous, où ils sont adaptés aux spécificités françaises ou européennes. Or, l’Inde vient, il y a 15 jours, de restreindre ses exportations de médicaments. Heureusement, les pouvoirs publics ont, il y a un an, imposé aux laboratoires de faire des stocks des bases de médicaments. En principe, nous pourrons tenir trois mois, le temps que l’Asie se remette au travail ou, du moins, on l’espère. Cependant, à l’avenir, on ne laissera plus ce secteur stratégique à la merci d’impératifs étrangers.

De même, les grandes marques faisaient produire leurs vêtements ou chaussures en Asie ou en Afrique à moindre coût pour les vendre à prix élevé en Occident ; elles vont désormais diversifier leurs sources d’apprivoisement, implanter des usines en Turquie, au Maroc, voire en Pologne ou en France, afin d’avoir toujours un minimum à offrir à leurs clients.

La démondialisation ne sera pas totale, bien sûr. On ne reviendra pas à la situation des années 1960 où la majorité des marchandises vendues en France était produites localement, mais nous assisterons à une certaine réindustrialisation de notre pays, elle sera accompagnée d’une augmentation des prix, car un ouvrier français coûte plus cher qu’un ouvrier chinois. Mais comme il dépense chez nous, notre économie en tirera bénéfice. L’exemple célèbre de Riccardo, qui expliquait qu’il valait mieux que le Portugal produise des vins et l’Angleterre des tonneaux, que les deux pays en tiraient mutuellement bénéfice, a trouvé ses limites.

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