Le 30 mai (1968) ne peut se répéter

Un certain nombre de bons esprits, cadres ou animateurs de « start-up » ou « marcheurs » de 2017, ont eu l’idée de monter une grande manifestation de soutien à Emmanuel Macron pour réclamer le maintien de l’ordre et s’opposer aux gilets jaunes, ce dimanche 27 janvier.

Il fallait implicitement refaire le 30 mai 1968. Rappelons les faits : au moins un million de personnes de la place de la Concorde à l’Étoile, venues à pied d’un Paris tenu par des comités insurrectionnels dirigés par gauchistes et communistes, un océan de drapeaux tricolores submergeant les drapeaux rouges, « De Gaulle n’est pas seul ! », etc.

Quels esprits incultes ont bien pu enfanter une idée aussi absurde : comparer Emmanuel Macron à Charles de Gaulle, “l’intimidation, l’intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue main en conséquence et par un parti qui est une entreprise totalitaire” (selon les propres mots de Charles de Gaulle dans son discours du 30 mai 1968) avec l’occupation des ronds-points des routes départementales par les gilets jaunes exclus du Système, l’incendie de la Bourse avec les vitres brisées de quelques agences bancaires (1), Cohn-Bendit et sa bande pissant sur la tombe du Soldat inconnu avec la haie d’honneur et de garde constituée par les gilets jaunes, mais quelle sottise ! Il est vrai que des thuriféraires – probablement stipendiés – ont déjà comparé les lignes de cars de l’ancien ministre de l’Économie avec les victoires du général Bonaparte en Italie…

L’Histoire parfois bégaie, mais ne se répète jamais. En 1968, ce sont la France et l’État qui étaient mis en cause par des minorités révolutionnaires organisées.

Aujourd’hui, ce que réclament les Français en colère, c’est PLUS de France. Quant à l’État, si ses excroissances sociales, si sa folle répression routière, si ses abus fiscaux portant sur les moins à même de les supporter sont condamnés, ni la Constitution ni les grandes institutions ne sont mises en cause.

Mieux, même : le référendum, caractéristique majeure de la Ve République, est réclamé unanimement et à grands cris. Il faut PLUS de référendums… PLUS de démocratie, dans la ligne et l’esprit de celle construite en 1958/1962 (2).

Quant aux hommes, il suffit de savoir que Daniel Cohn-Bendit est un des grands soutiens d’Emmanuel Macron. Sera-t-il à la tête du cortège, ce dimanche ?

Ajoutons que le 30 mai avait été précédé par « l’action civique » des Comités pour la défense de la République – CDR – qui rassemblaient des patriotes de toutes origines, y compris beaucoup de ceux qui avaient milité pour le maintien de l’Algérie française, qui n’avaient pas hésité, pour sauver le pays de la perversité bolchevique, introduite par la social-démocratie de politiciens « au rancard » (comme Charles de Gaulle avait alors appelé Mitterrand et Mendès France), à franchir un fossé rempli du sang de ceux qui avaient été fidèles à l’intégrité du territoire.

Et puis, toujours et surtout, à la différence d’aujourd’hui, Charles de Gaulle n’avait pas constitué une super commission nationale et transcendantale, sur le modèle de celles qui, selon Clemenceau, permettaient d’esquiver habilement tout ce qui gênait le Système. Le 30 mai, lorsque la manifestation commence, la dissolution de l’Assemblée vient d’être proclamée.

Revenir devant le peuple souverain, lui demander son jugement, légiférer en accord avec lui, voilà ce qu’attend la nation et voilà ce qu’exclut ce pouvoir qui n’a que mépris à l’égard de la démocratie. Quelle que soit la forme de la consultation. Le grand débat n’en étant surtout pas une. Et, par conséquent, les manifestants de ce dimanche prêtent leur concours à une manœuvre, un mauvais coup contre la démocratie

Et si, maintenant, les Français en colère mais totalement lucides obtiennent le retour à la démocratie grâce au référendum d’initiative populaire – ou citoyenne -, ce sera la fin du Système.

Pourvu qu’ils tiennent… !

1. À noter, le grand silence des instances du système bancaire, lourdement responsable de la colère des Français.
2. Entre 1958 et 1974, six référendums en seize ans ; entre 1974 et 2019, trois en quarante-quatre ans !

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