Editoriaux - Religion - 9 juin 2019

L’appel à la « normalité » de Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, aux musulmans

Invité sur RMC dans l’émission « Les Grandes Gueules » pour la promotion de son livre, Appel à la réconciliation ! Foi musulmane et valeurs de la République française, Tareq Oubrou, le grand imam de Bordeaux connu pour ses positions en faveur d’un islam libéral, s’est livré à une analyse sans concession sur la dérive identitaire d’un nombre croissant de ses coreligionnaires.

Faisant le constat d’une pratique religieuse de plus en plus visible, il déplore « le rapport démesuré à la question du foulard, du halal » qui dénote, selon lui, « un rapport plus identitaire que spirituel » à l’islam. Relevant très pertinemment le manque de pudeur qui caractérise ces formes d’ostentation, il rappelle que celle-ci relève « de l’ordre de la procession » et risque de creuser un fossé entre les Français musulmans et le reste de la population, légitimement agacée par la multiplication, dans l’espace public, de ces marqueurs identitaires, qu’elle ne manque pas d’assimiler à une forme de sécession culturelle de plus en plus assumée et agressive. Pour trouver leur place au sein de la communauté nationale, les fidèles sont donc appelés à la « normalité », autrement dit à s’assimiler pleinement à la France.

Voilà une prise de position audacieuse qu’on aimerait entendre plus souvent dans la bouche des responsables de l’islam de France, bien plus occupés à crier à l’islamophobie qu’à appeler leurs ouailles à de saines remises en question. Néanmoins, Tareq Oubrou semble prêcher dans le désert. Ses déclarations sont, en effet, bien loin de susciter l’unanimité au sein de ce qu’il est convenu, aujourd’hui, d’appeler la « communauté musulmane ». Le rapport publié en 2016 par l’Institut Montaigne, intitulé « Un islam français est possible », rappelle à cet égard que 29 % des sondés affirmaient placer la charia au-dessus des lois républicaines, tandis que 65 % se déclaraient favorables au port du voile islamique.

À l’heure où l’UOIF, branche française des Frères musulmans spécialisée dans le double discours, renommée en 2017 Musulmans de France pour mieux faire oublier leur affiliation à l’idéologie frériste, semble s’imposer comme un acteur majeur de l’islam de France, on ne peut qu’être inquiet d’une dérive islamiste qui semble non seulement emporter nombre de croyants mais aussi s’institutionnaliser. Les Musulmans de France tentent, en effet, de réintégrer le Conseil français du culte musulman (CFCM) dont ils furent membres fondateurs.

On ne peut que rester pantois devant la mansuétude dont jouit, en France, cette organisation des Frères musulmans, que les Émirats arabes unis, peu suspects d’« islamophobie », ont tout de même classée parmi les organisations terroristes.

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