Le CORP, c’est le COllectif pour le Respect de la Personne. Des féministes de gauche (est-ce un pléonasme ?) qui sont opposées à la gestation pour autrui () mais qui n’ont, jusqu’à présent, pas franchi le Rubicon de s’allier à la Manif pour Tous, Alliance VITA, les AFC (associations familiales catholiques) et autres dangereux extrémistes de Marchons Enfants ! dont certains auraient des motivations dictées par une anthropologie chrétienne. Parmi ses membres fondatrices, il y a Éliette Abécassis, Sylviane Agacinski, Marie Balmary, Alice Ferney et pas mal d’autres pointures intellectuelles. Mais c’est un collectif assez invisible. Ceux qui suivent l’actualité de l’expansion du grand marché de la procréation pourraient – sans la moindre charité, j’avoue – se souvenir de cette réplique tirée d’Un taxi pour Tobrouk : « Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche. »

Mais ça va changer ! Le CORP a décidé de taper du poing sur la table et il annonce, par un communiqué de presse, avoir déposé, le 5 août, une plainte avec constitution de partie civile contre France Télévisions, qui se livre à une sorte d’apologie de la maternité de substitution : les voix qui seraient critiques sont écartées, les seuls promoteurs de la GPA seraient invités à dérouler leur argumentaire. Le CORP a, par le passé, interpellé les chaînes et le CSA, sans obtenir de réponse. C’est tout de même vexant, entre gens de gauche.

Sur le fond, bien sûr que le CORP a raison. L’agenda de l’espace médiatique en la matière est de normaliser les familles dites homoparentales. Souvenez-vous, par exemple : nous étions saturés jusqu’à en vomir lors de l’insidieuse promotion du livre de Marc-Olivier Fogiel, heureux client de gestations pour autrui « de luxe » réalisées aux États-Unis d’Amérique. L’opinion du footballeur, de l’acteur, du chanteur, du présentateur (parfois déguisé en journaliste) mérite d’être plus et mieux relayée que celle d’un spécialiste du domaine dont les analyses ne convergeraient pas avec les intérêts avoués ou occultes du média. Ainsi va le monde où, en fabriquant de l’émotion à tire-larigot, on détruit le système immunitaire d’esprits de moins en moins critiques.

Certes, Ludovine de La Rochère ou Onfray et d’autres sont parfois invités sur des plateaux et peuvent dire tout le mal qu’ils pensent de cet esclavage, avec leurs talents propres. Mais c’est un grossier alibi. Le temps de cerveau disponible est surtout gavé d’images et de discours progressistes tendant à gommer ou complètement effacer le sordide et à idéaliser le résultat : une famille où l’on s’aime, nonobstant le fait que les deux parents soient parfois de même sexe.

Même si le problème de la GPA est essentiel en ce qu’elle porte atteinte à la dignité humaine, il doit être vu ici comme un symptôme. Des médias univoques au service d’une idéologie de marchés mondialisés et dérégulés jouent à la fausse concurrence et servent le même brouet avec des assaisonnements légèrement différents. Les trublions-dissidents sont ostracisés (cf. Russia Today et Sputnik exclus de la salle de presse de l’Élysée ou l’impunité des Sleeping Giants). La concurrence émergente des réseaux sociaux est muselée par un transfert d’obligations régaliennes de sanction sur la chose publiée. Cela ressemble fort à un verrouillage de l’information qui frise le monopole et obéit à une logique totalitaire .

Il n’est pas question, pour moi, de spéculer sur la probabilité de succès judiciaire de cette plainte du CORP. Je leur souhaite juste et très sincèrement bonne chance.

13 août 2020

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