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Editoriaux - Politique - 18 février 2020

L’indignation légitime de Brune Poirson pour de mauvaises raisons

Les outrances verbales frisant la logorrhée des zélateurs de pourraient, si elles se poursuivent, aller jusqu’à escagasser le quidam. Certes, il a été porté atteinte à la vie privée de l’ex-ministre candidat, c’est délictueux. Mais dénoncer une atteinte à la démocratie ou un complot initié par des puissances impérialistes étrangères (sans doute non affiliées à l’OTAN qui s’est, n’en doutons pas, mis en état d’alerte) est ridicule. , membre du gouvernement, ose le gros mot de « totalitaire ». Verbatim :

« Ce qui sépare la démocratie d’un régime totalitaire, c’est le respect de la vie privée. Cela concerne tous les Français. »

Reprenons brièvement les cinq éléments constitutifs d’un tel que défini par Carl Joachim Friedrich et Zbigniew Brzeziński [1] et analysons la situation actuelle de notre pays à l’aune de ces critères.

Tout d’abord, ils nous parlent de l’existence d’un parti unique contrôlant l’appareil d’État et dirigé par un chef charismatique. C’est bien l’ambition d’, qui a pulvérisé les deux partis dominants qui se partageaient le pouvoir, les réduisant avec les autres au simple rôle d’alibi.

Ils indiquent aussi une idéologie d’État promettant l’accomplissement de l’humanité. La promotion d’un libéralisme sans limites, sans frontières, transhumaniste, c’est ce qui se passe en ce moment. Que Michel Onfray l’appelle État maastrichtien, que d’autres parlent d’idéologie libérale-libertaire, c’est la disparition des corps intermédiaires et du bien commun pour promouvoir l’individu seul face à l’État.

Il y a également un appareil policier recourant à la terreur. La répression des gilets jaunes n’est peut-être pas aussi dramatique que la grande Terreur, mais elle n’est pas le fait d’une société démocratique : violences policières plus qu’anecdotiques, collusion police-justice pour réprimer très sévèrement cette « sédition » et absoudre les forces de l’ordre.

Il y a, de plus, la direction centrale de l’économie. Sur ce point-là, la France n’est pas encore sous complète domination des faiseurs de tendance de Wall Street. La fabrique du consensus au sein du capitalisme financier mondialisé est-elle une direction centralisée ? Cela pourrait se discuter. Mais la France souffre trop de vieux démons dirigistes et étatiques pour y être entièrement soumise. Pour l’instant.

Enfin, il est prévu un monopole des moyens de communication de masse. S’il n’existe pas structurellement, ce monopole existe dans les faits. Il suffit de voir comment a été élu Emmanuel Macron. Son élection est le fruit d’un alignement d’intérêts des propriétaires de médias, univoques en 2017 et depuis.

Notons, au passage, qu’il n’est pas fait mention de vie privée dans ces critères établis par Friedrich et Brzeziński.

Aucun de ces critères ne fait appel aux agissements d’un pseudo-artiste russe et de sa compagne qui violeraient ainsi la vie privée d’un hiérarque pervers et traître à son mariage (et aussi bien stupide et naïf de tendre à d’autres tant de verges pour se faire battre). Les réseaux sociaux et la caisse de résonance qu’ils jouent n’y sont pour rien non plus. Tout ce qui fait que la France ressemble de plus en plus à un État totalitaire est la conséquence de la politique menée depuis des années et dont M. Macron n’est que l’actuel mais très zélé serviteur.

Oui, Brune Poirson a raison, la démocratie dans notre pays s’efface au profit d’un totalitarisme soft. Mais pas pour les raisons qu’elle invoque.

[1] Totalitarian Dictatorship and Autocracy, New York, Harper and Row, 1956.

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