Editoriaux - Santé - 26 décembre 2019

La Haute Autorité de santé recommande la vaccination contre les papillomavirus quel que soit le sexe

Les papillomavirus (HPV) sont des virus très répandus dans l’espèce humaine et d’une grande diversité, classés par numéro en fonction de leur génotype et des infections qu’ils peuvent occasionner chez l’homme. La plupart des hommes et des femmes ont, un jour ou l’autre, été infectés par un papillomavirus au cours de leur vie, même si cela passe inaperçu. Certains se transmettent par voie sexuelle et infectent les muqueuses génitales, d’autres se transmettent par contact cutané et infectent la peau. Certains d’entre eux sont responsables de tumeurs bénignes telles que les verrues cutanées, d’autres peuvent entraîner des formations tumorales sur les muqueuses génitales appelées condylomes, végétations vénériennes ou crêtes de coq. D’autres, encore, sont oncogènes, particulièrement les HPV 16 et 18 qui, lorsqu’ils colonisent le col de l’utérus, favorisent très fortement la venue d’un cancer à ce niveau. Certains HPV induisent d’autres cancers de la sphère génitale, vagin, pénis ou anus. On a également évoqué leur rôle dans certains cancers oro-pharyngés, bien que dans ce cas l’étiologie semble plutôt multifactorielle.

Dans la population générale, le cancer anal est en progression mais reste cependant un cancer rare. Par contre, chez les hommes homosexuels, les personnes immunodéprimées ou les femmes ayant déjà eu un cancer du col utérin, le risque de cancer du canal anal est vingt fois plus élevé que chez les hétérosexuels, et chez les homosexuels mâles infectés par le VIH, le risque est beaucoup plus élevé.

Il existe des vaccins contre ces papillomavirus. L’un d’eux dispose d’une autorisation de mise sur le marché pour la prévention des cancer du col de l’utérus et aussi pour les lésions anales précancéreuses.

Ce vaccin n’assure pas une protection totale contre les cancers, qu’ils soient du col utérin ou de l’anus, mais présente cependant une efficacité statistiquement intéressante, et les effets secondaires décrits par certains sont bien sûr possibles, mais non pas été clairement démontrés.

En 2016, le Haut Conseil de la santé publique a recommandé la vaccination pour les hommes homosexuels en plus de la vaccination des jeunes filles.

Puis, en 2019, la Haute Autorité de santé (HAS) a lancé une consultation publique chargée d’étudier l’extension de cette vaccination à tous les hommes, quelle que soit leur orientation sexuelle, car elle bénéficierait non seulement à leur santé, mais protégerait également les jeunes filles non vaccinées, car dans cette population, le taux de vaccination est encore très bas. Seules 24 % des jeunes filles se sont fait vacciner selon le schéma complet à l’âge de 16 ans, alors que le plan cancer avait fixé l’objectif à 60 %.

À la suite de cette consultation publique, la Haute Autorité de santé a publié, le 16 décembre dernier, une recommandation visant à étendre à tous les garçons la vaccination contre le papillomavirus humain.

Cette décision répond à un besoin de santé publique car les HPV sont responsables de 70 % des cancers et des lésions précancéreuses du col de l’utérus, ainsi que du déclenchement des cancers de l’anus (cette protection n’est cependant pas absolue et ne doit pas empêcher le dépistage systématique du cancer du col utérin chez les femmes, par frottis).

Cette extension de la recommandation de la vaccination à tous les adolescents devrait entraîner le remboursement du vaccin par la Sécurité sociale quel que soit le sexe, mais risque aussi de réactiver la polémique sur les possibles effets secondaires de ce vaccin.

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