Editoriaux - Santé - Sciences - 30 mars 2019

Polémiques à propos du vaccin contre les papillomavirus

À défaut de faire l’unanimité sur leur usage, les vaccins font l’actualité. Si pour certains, comme pour celui de la rougeole, le principal reproche mis en avant par ses détracteurs est la présence de sels d’aluminium dans le vaccin, il en est d’autres, comme celui contre les papillomavirus, pour lesquels l’argumentation est tout autre.
Il faut rappeler que ces vaccins ont pour effet d’immuniser contre des souches de papillomavirus susceptibles d’induire des cancers du col utérin (et de certains cancers oro-pharyngés ou anaux).

On estime que, chaque année, 3.000 Françaises sont atteintes d’un cancer du col de l’utérus, la plupart du temps à cause d’un papillomavirus qui se transmet par contact sexuel ou même cutané.

Les cancers du col de l’utérus sont assez facilement dépistables à leur début, si on se soumet à un contrôle systématique, comme cela est le cas pour la plupart des femmes. Cependant il peut être intéressant d’éviter l’infection par ces virus souvent à l’origine de ces cancers en vaccinant les jeunes filles avant leur premier rapport sexuel.

D’après les experts, cette vaccination permettrait d’éviter deux cancers de l’utérus sur trois en l’associant, bien sûr, à la poursuite du dépistage systématique.

Alors, pourquoi est-il si peu utilisé en France, où le taux de jeunes filles vaccinées, en 2018, atteignait à peine 19 % ? Pour plusieurs raisons, semble-t-il.
Les opposants accusent ce vaccin de développer des maladies auto-immunes, surtout au niveau neurologique, et ils affirment également que, dans des pays tels que l’Australie, la Suède, la Grande-Bretagne ou la Norvège, où le taux de vaccination est très élevé, le nombre de cancers du col de l’utérus n’a pas diminué et qu’il aurait même augmenté. Ces chiffres sont très difficiles à vérifier et peuvent paraître sujet à caution.

Cependant, en ce qui concerne l’apparition de maladies neurologiques et auto-immunes après la vaccination, différentes études, en particulier celle de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) effectuée en 2014 avec la Caisse d’assurance maladie, montre qu’on a pu retrouver une très légère augmentation de ces maladies dans la population vaccinée, mais que les bénéfices attendus de cette vaccination en termes de santé publique restent bien plus importants que les risques auxquels elle peut exposer.

La vaccination est simplement recommandée en France sans être obligatoire, et la protection qu’elle procure vient de s’étendre à neuf souches de papillomavirus, contre quatre auparavant.

Il faut savoir, aussi, que l’homme véhicule souvent le virus sans le savoir et sans développer de maladie. Et chez les garçons, comme chez les filles, les papillomavirus peuvent-être responsables de condylomes (verrues génitales), de cancers anaux ou oro-pharyngés, en fonction des pratiques sexuelles.

Les polémiques à propos de cette vaccination ne sont pas près de s’éteindre, car elle est davantage ressentie comme une mesure de protection individuelle, donc soumise au libre choix de chacun, que comme un problème de santé publique.

Mais il ne faudrait pas que la population vaccinée se croie à l’abri de toute atteinte cancéreuse (la protection vaccinale n’est pas de 100 % !) et négligent les moyens de dépistage, qui restent le principal outil de lutte contre les cancers du col utérin.

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