Il faut commencer par reconnaître à nos évêques un certain courage. L’Église catholique est la seule institution à avoir pris à bras-le-corps la question de la pédocriminalité. 2 % des prêtres français étaient, en réalité, des prédateurs sexuels, d’autant plus répugnants qu’ils s’en prenaient à des enfants. En valeur absolue, le chiffre est révoltant. En pourcentage, il rend aux bons prêtres, qui sont l’écrasante majorité. Ce point méritait d’être rappelé.

Un chrétien sait que le plaisir du diable, qui est intelligent mais ne sait que « déconstruire », est de renverser les symboles de Dieu, faute de pouvoir en inventer. Croix renversées, messes noires, profanations, vertus devenues folles, dogmatisme laïc contre charité chrétienne, totalitarisme contre vision holistique, éloge de la nullité contre aspiration à la grandeur, frénésie du plaisir contre célébration de la beauté… la marque négatrice du prince de ce monde est partout. Ainsi de cette atroce dérision des paroles du Christ sur les petits enfants, la nécessité de garder son cœur comme celui d’un enfant, l’anathème contre les fauteurs de scandale… pour voir, comme on l’a vu, l’innocence souillée par ceux-là mêmes qui auraient dû la protéger de leurs mains consacrées.

Courage des évêques, disais-je, car on attend encore un tel rapport au sein des autres religions monothéistes, ainsi que des institutions laïques qui accueillent des enfants (et notamment l’Éducation nationale). Mgr de Moulins-Beaufort a affronté la tempête avec beaucoup d’équanimité. Même les plus tradis lui reconnaîtront cela. Et il l’a fait au risque de dégoûter un peu plus les Français, jadis catholiques, pour qui tout prêtre est devenu suspect a priori.

Il y a cependant eu une première faute : celle de laisser vivre en pasteurs du troupeau, pendant tant d’années, des prêtres qui, comme les faux prophètes de l’Évangile, « viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups ravisseurs » (Mt 7:15). L’Église de France savait et n’a rien fait, ou pas assez. Elle a confondu charité et faiblesse. Elle a peut-être cru que ça allait s’arranger et qu’on guérissait de la perversion comme d’une mauvaise grippe.

Il y a maintenant une deuxième faute : celle de vouloir vendre les biens de l’Église pour indemniser les victimes. Ces biens n’appartiennent pas au clergé. Ils sont « le des pauvres », comme le dit le père Pirrone dans Le Guépard, de Lampedusa. L’Église n’est pas un groupe de BTP ni une agence immobilière. Elle doit maintenir, coûte que coûte, comme une vieille famille dont le château fuit et croule. C’est la vie. Dilapider l’héritage pour rembourser des fautes que l’on a jadis couvertes ? Ce n’est pas sérieux. Quant à l’idée d’un fonds d’indemnisation abondé par les fidèles, on se fiche du monde. Pourquoi les fidèles paieraient-ils une deuxième fois, après avoir été collectivement trompés, meurtris et salis par des clercs ?

Double faute, donc. Il y aurait bien une autre solution, qui exclut certes l’argent, mais après tout, ce n’est pas si mal : que, du Vatican, le pape excommunie tous les prêtres incriminés, qu’il annonce une aux sorcières mondiale et qu’il aille lui-même, chef de l’Église, demander pardon à ceux qui lui ont fait confiance. La figure de l’enfant est une figure biblique par excellence. Pas celle du migrant. On n’a pas l’air de s’en souvenir, dans les couloirs du Saint-Siège.

La question de la rétribution est métaphysique. On n’expie pas ses fautes avec un petit virement. Monsieur Sauvé, ancien séminariste lui-même, devrait s’en souvenir. Et 98 % des prêtres de France, qui n’ont rien eu à se reprocher et servent une Église déjà très pauvre, n’ont pas à être clochardisés pour complaire à la meute médiatique, dont le cul et le fric sont les deux centres d’intérêt et qui, après les détails scabreux de l’un, voudrait bien entendre le son de l’autre.

11 novembre 2021

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