Julien Odoul (RN) demande la reconnaissance des massacres du 5 juillet 1962 à Oran

Pour le député RN, cette résolution ambitionne à la fois d'honorer les victimes et d'installer une réciprocité avec l'Algérie
@Alexf933/Wikimedia commons
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« Le 5 juillet 1962, le sang coule à Oran, deux jours après l’indépendance de l’Algérie. Des centaines de civils français et européens sont enlevés, égorgés, torturés par les terroristes du FLN. Je dépose une proposition de résolution pour enfin reconnaître ce massacre oublié », écrit Julien Odoul, sur X, le 28 juin dernier.

Le 23 juin, c’est Cyril Tribuiani, député RN des Alpes-Maritimes, qui pose la question écrite au gouvernement : « Quelles mesures le gouvernement entend prendre afin de renforcer la reconnaissance officielle du massacre d'Oran du 5 juillet 1962, de préserver la mémoire des victimes et de contribuer à une meilleure transmission de cet épisode tragique de l'histoire nationale auprès des générations futures ? » C’est qu’il s’agit, explique Julien Odoul à BV, à la fois d’honorer la mémoire des victimes et d’inscrire ce massacre dans la réciprocité mémorielle des relations franco-algériennes.

Un massacre occulté depuis 64 ans

« De tous les événements liés à la guerre d’Algérie, aucun n’a subi une occultation aussi complète que le massacre subi à Oran, le 5 juillet 1962, soit quelques mois après les accords d’Évian, par une partie de la population européenne de la ville », peut-on lire en description du livre de l’historien Guy Pervillé Oran, 5 juillet 1962. Leçon d’histoire sur un massacre (Vendémiaire). « C’est pourtant celui dont le bilan est, de très loin, le plus lourd : en quelques heures, près de 700 personnes ont été tuées ou ont disparu sans laisser de traces. » Une occultation, « un silence d’État » que dénonce le député RN dans son exposé des motifs : « La République savait, dès le lendemain. Elle a choisi de se taire pendant soixante-quatre ans. ». À BV, Julien Odoul explique que « 64 ans après, il est temps de rendre aux victimes et à leurs descendants un petit peu d'honneur, de cibler les responsabilités qui, pour le coup, sont partagées. Elles reviennent d'une part évidemment au FLN algérien pour les massacres, et puis d'autre part à l'État français, à l'armée française, compte tenu de la passivité qui a eu lieu ce jour-là. »

Des heures tragiques

Le site Mémoire des Hommes, du ministère des Armées, permet pourtant de juger l’horreur. « Des coups de feu, dont les auteurs n’ont jamais été identifiés, éclatent en plusieurs lieux vers 11 heures 30 », explique le portail culturel, « la panique s’empare de la foule et des cris "c’est l’OAS !" se font entendre. Une explosion de violence s’ensuit : on s’en prend aux Européens qui sont pris en chasse. Un grand nombre sont lynchés, capturés, mutilés et exécutés sommairement. Les massacres, qui ont fait l’objet de récits atroces, se déroulent pendant une grande partie de l'après-midi. Face à cette situation, les forces françaises, soucieuses de respecter la responsabilité du nouvel État algérien en charge du maintien de l’ordre et de ne pas compromettre les conditions de l’accord de paix, n’interviennent que tardivement. À quinze heures, les nouvelles autorités algériennes instaurent un couvre-feu dans le centre-ville, mais cela n'empêche pas l'installation de barrages dans les quartiers périphériques où des personnes sont arrêtées et enlevées pour être conduites à Mdina Jdidia ou au Petit Lac, zones contrôlées par le groupe armé commandé par Mouedden Attou. Les victimes sont tuées et jetées dans le lac. » Et même si Mémoires des Hommes publie une liste des disparus de ce jour-là, il précise que « le bilan […] particulièrement lourd n'a jamais pu être établi avec certitude et la liste des morts et disparus n’est donc que partielle ».

Sur le site du CDHA, on peut lire la lettre d’un rescapé de ce massacre du 5 juillet, Simon Touboul, qui raconte « ces heures tragiques » à ses enfants : « Cette journée a été une catastrophe pour les Oranais, conclut-il, combien de malheureux ont payé de leur vie un moment de folie, les haines se sont déchaînées, les vengeances assouvies, il y a eu des morts par centaines, c’est une honte ! » D’ailleurs, ajoute-t-il, « cela a précipité les départs pour la France et l’Espagne ».

Exiger la réciprocité

Ce n’est pas la premières fois que des parlementaires français tentent de faire reconnaître officiellement cette mémoire franco-algérienne. Julien Odoul explique à BV que, avec cette proposition de résolution, il entend rétablir la réciprocité dans les relations bilatérales avec le gouvernement algérien, moyennant « une vérité historique partagée ». D’ailleurs, en mai dernier, le député RN, « alors que le gouvernement français se soumet à la repentance dictée par Alger », avait « redemand[é] à la ministre Alice Rufo si un ministre algérien viendra(it) honorer la mémoire des 700 Européens massacrés par les terroristes du FLN le 5 juillet 1962 à Oran ». Alors, explique-t-il à BV, « on veut bien tout reconnaître, nous, mettre le genou à terre matin midi et soir, reconnaître nos torts et nos erreurs. La moindre des choses, c'est qu'il y ait la réciprocité et que le gouvernement algérien reconnaisse ce qui s'est passé. C'est-à-dire que des centaines de Français et d'Européens, de civils, de femmes et d'enfants, notamment, ont été enlevés, torturés, égorgés de manière préméditée, puisque l'action était préméditée par une partie du FLN. » Autrement dit, avec cette résolution et la reconnaissance officielle de ce massacre de part et d'autre de la Méditerranée, il s'agit de rééquilibrer les relations franco-algériennes en les fondant sur une vérité historique partagée. Si l'on en croit le média algérien El Watan, ce n'est pas gagné...

Cette réciprocité n’est pas le seul objectif, explique Julien Odoul. Il s'agit, avec cette résolution, de « sortir ce massacre des oubliettes de l'histoire, [de] rendre un visage, une dignité aux victimes, à leurs descendants, et [de] faire en sorte que la République française reconnaisse le massacre du 5 juillet 62 », avec notamment, « dans les dispositions de cette proposition de résolution […] l'instauration d'une commémoration nationale pour le 5 juillet et l'apposition d'une plaque ». D’ailleurs, il attend tout simplement le passage des paroles aux actes puisque, rappelle-t-il à BV, c’est Emmanuel Macron lui-même qui, en 2022, s’était adressé aux rapatriés en ces termes : « Le massacre du 5 juillet 1962 à Oran, qui toucha des centaines d’Européens, essentiellement des Français, doit être reconnu. Ce massacre, lui aussi, doit être regardé en face et reconnu. La vérité doit être de mise et l’Histoire transmise. »

Vos commentaires

63 commentaires

  1. Enfin!
    Merci à Julien ODOUL de remettre en mémoire ce massacre du 5 juillet 1962 de français: hommes, femmes, enfants et autres européens malheureusement pour eux.
    Nous ne sommes pas tous morts et notre mémoire refuse de les oublier.
    Il est temps de leur redonner l’honneur d’avoir exister avant d’être assassiné, puis passés sous silence pour?
    Pourquoi?
    Honorons toutes ces victimes d’une barbarie sans nom pour assoir un nouveau régime.

  2. Remerciements à J.Odoul ( RN) de soulever cette injustice. Les pieds noirs lui sont reconnaissant. On aimerait bien un élan national des patriotes ( LR- Reconquête) mais la haine est plus forte..

  3. Ce serait la moindre des choses que cette reconnaissance soit établie, mais je ne me fais aucune illusion avec les gouvernement actuel de l’Algérie.

  4. J espère que cette reconnaissance se fera : pour tous les Morts, pour tous ceux qui sont arrivés en France avec juste une valise, laissant derrière eux leur vie, leur maison, ceux qui n ont pas pu venir, leurs tombes, leurs souvenirs… Je n attends rien de quelque autorité…
    Que cette reconnaissance se fasse pour les Rapatriés et ceux qui sont morts Là bas.

  5. Bravo à BV et à Julien ODOUL!
    Car ce drame était prévisible et De Gaulle a ignoré les alertes. Quant à Macron, parler pour lui c’est agir… donc c’est clos… les Pieds-Noirs et l’Algérie française ont été sacrifiés et la France a immédiatement effacé la tragédie. Les communistes et les « intellectuels » communistes ont chassé les français d’Algérie et la CGT les a accueillis à Marseille avec des banderoles « Pieds-noirs rentrez chez vous » et « Les pieds noirs à la mer », ils ont volé ou coulé leurs containers et DEFERRE dit le 26/07: « Qu’ils quittent Marseille en vitesse; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs, et tout ira pour le mieux »…

    Tuerie de masse de Français: « un silence d’Etat » (Jean-Jacques JORDI) et des populations sacrifiées, le Général de Gaulle: « Les Français n’auront qu’à se débrouiller avec ce gouvernement » et « La France ne doit avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre… Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités. » SIC!

    Entre 11H30 et 15H30 troupes française armes au pied sauf officiers ou soldats courageux qui contrevenaient aux ordres du général KATZ le « boucher d’Oran »

    Au total sur une période plus large 26/06 au 19/07/1962: 700 victimes (353 disparus et 326 décès constatés) dont une centaine de musulmans abattus postérieurement pour indiscipline par l’ALN

  6. Si «  »selon » » Macron, la France a commis des crimes contre l’humanité …… alors OUI il faut reconnaître le massacre par le FLN du 5 juillet 1962 – et il est temps de rendre aux victimes et à leurs descendants un petit peu d’honneur ! …… oubliés depuis 6 4 ans !

    • Il est urgent de dénoncer les accords de 1968, et ceci d’une manière unilatérale.
      La double nationalité franco algerienne doit tout simplement disparaitre c’est a eux de choisire: être Français ou prendre leur baluchon avec uns simple billet vers Alger sans aucune possibilité de retour.

  7. Je doute que le macron se mêle de ce 5 juillet tant il a la frousse de la rue arabe et pourtant il a commis déjà une très grosse gaffe en allant dire en algèrie que la France avait commis des crimes contre l(humanité une erreur monumentale de sa part d’aller dire un tel mensonge la France ne doit absolument rien à ce pays dont il nous bassine depuis 64 ans avec la repentance

    • là où vous trompez c’est que macron n’a commis aucune erreur CAR c’était totalement voulu ! …
      Il ne cesse que de « communautarisé » la France de façon à appliquer au mieux le principe « diviser pour mieux régenter  » ( c’est normalement « régner » ..;. mais c’est rop d’honneur que de lui coller cette capacité … )
      macron crache sur la FRANCE et les français surtout lorsqu’il est hors de France ! …le pire c’est qu’il lui reste énormément de jours pour continuer à fracasser, anéantir et « atomiser » tout ce qui semble encore « debout » en France ! …

  8. L’attitude de la France gaulliste de l’époque envers ces massacres est une plaie encore vive et une honte perpétuelle. Et que les gouvernements successifs aient occulté ces faits désastreux est coupable. N’oublions pas cependant la conduite héroïque de nombreux officiers de l’armée française qui n’ont pas hésité à désobéir aux ordres assassins de l’état et à sauver un maximum de nos compatriotes.

  9. Je réponds à EVELYNE 43. Oublier le passé pour vivre plus tranquille lorsque l’oubli est unilatéral est une utopie. Si vous n’avez pas vécu ce passé vous pouvez l’ignorer, Nous non, parce que la France n’a jamais reconnu sa part de responsabilité vis à vis des Français d’Algérie -Chrétiens, Juifs ou Musulmans- Ce qui c’est passé en Algérie avant et après l’indépendance ne les intéressaient pas. Il n’y a pas eu que les massacres du petit Lac à Oran, dans les campagnes d’autres personnes ont disparu, ainsi que des militaires français -déclaré déserteurs par l’Armée Française – Des hommes ont été envoyés dans les mines comme des esclaves, des femmes et des fillettes dans les bordels sans que qui que soit réagisse : Nous n’étions plus « Français » à vos yeux ». et vous voulez que nous oublions pour votre tranquillité. Merci pour votre compassion.

    • Entièrement d’accord avec vous j’y étais le 5 juillet a Oran plus exactement à St Eugène et je les étendais pousser leurs YOU YOU heureusement pour moi qui voulais descendre en ville

  10. Merci à M.Odoul de cette initiative commémorative bienvenue : pour tourner une page, encore faut-il l’avoir lue. Or l’histoire franco-algérienne repose sur un déni de part et d’autre, et sans reconnaissance et acceptation, ces 2 pays ne peuvent avancer…

  11. Ce n’est pas très gentil à l’égard des algériens, notre ministre de l’extérieur sera obligé de faire repentance, une fois de plus. Sans compter la fureur qui risque de s’abattre sur l’otage Français détenu par l’Algérie.

  12. Il aura fallu attendre que le Rassemblement National devienne le parti majoritaire -en voix, pas en sièges- pour que notre député Julin Odoul ait la possibilité de déposer cette résolution établissant la réalité des massacres de Harkis et de pieds noirs.
    En 1959-1960, lorsque le conscrit effectuait des 28 mois de service militaire en Algérie, Oran était considéré comme la base de repos des tueurs du FLN. Un immense bidonville qualifié de « quartier nègre », accueillait des centaines de milliers d’occupants, à 100% islamisés et tous pro FLN. L’armée ou la police n’entraient jamais dans cet immense souk, interdit même lorsque nous étions en patrouille.
    Les accords de 62 et le départ en panique de l’armée français ont « libéré » les fellaghas.
    Prise de pouvoir militaire du FLN à Alger, qui est encore au pouvoir 65 ans après, et massacres au nom d’allah à Oran. On a « évoqué » cinquante mille morts, mais ce fut bien plus.

  13. Pour l’instant, tout ce qu’on peut dire, c’est que les décisions de bon sens sont toutes refusées par le Conseil Constitutionnel. Il faudra donc changer la Constitution le moment venu. Un espoir ? Peut-être.

  14. Julien Odoul a parfaitement raison. Il est temps d’installer la réciprocité avec l’Algérie.

  15. Ce gouvernement infoutu de faire libérer un journaliste français des geôles algériennes est incapable de reconnaitre quoi que ce soit contre leur ami et allié algérien.

    • Comment voulez vous qu’un état complice avec les descendants des assassins puisse exiger quoi que ce soit; il est pieds et poings liés.

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