Journée de la francophonie : l’occasion d’assassiner la langue française ?

langue française

La France est en guerre sur tous les fronts : santé, culture, mœurs, religion. Pour la langue, on avait l’idéologie du genre et l’inclusive. Avec le décolonialisme, on était paré. Erreur ! La journée de la francophonie a été, une fois de plus, l’occasion de remettre sur le tapis nos obsessions : « l’évolution » de la langue, donc du lexique (entendez l’étymologie latine), à laquelle s’ajouterait celle de la grammaire. Dans un article « L’Express sur le bout des langues », un journaliste, bien intentionné, donne comme exemple de « bévue » linguistique qui aurait prévalu dans notre langue le mot « nombril », alors que cette « bévue » témoigne justement d’une racine latine et d’un traitement phonétique bien connu.

Nullement affranchi, en effet, de l’étymologie (umbilicus) dont témoigne l’adjectif « ombilical », le mot a une lettre initiale dite « épenthétique ». Autre exemple de traitement phonétique banal : « belle lurette », diminutif de heure. Ces « bévues » font donc réfléchir aux lois phonétiques des mots venus de racines latines, exceptions comprises ! Les mots empruntés, eux, aux autres langues, entrent naturellement dans notre langue. La seule chose importante est que 80 % du lexique, fixé très tôt, vient du latin. Quant à la grammaire - le disque dur de la langue -, le journaliste donne à parier de son évolution prochaine, avec des exemples convainquant du contraire ! Une chose « dans lequel » remplacerait, en 2100, « dans laquelle » ; « un espèce », « une espèce ».

Même chose pour l’accord du participe passé dont on voit une tentative de subversion. Il serait illogique de dire « les vacances que j’ai pris furent belles ». Malgré la clause de revoyure de l’usage, la grammaire française est logique. En revanche, à vouloir liquider l’héritage latin, on écrit de plus en plus mal. Et on tue la francophonie. Car le français n’est pas la langue du Tout-Monde liée au fluid gender.

On se souvient, dans Les Femmes savantes, de la scène entre Bélise et Martine. Bélise, c’est la célibataire savante, soucieuse d’instruire. Martine, c’est la servante. Dans la conversation, Martine entend, à cause de la prononciation, donc comprend : « grand-mère » au lieu de « grammaire ». Bélise la corrige. « Veux-tu, toute ta vie, offenser la grammaire ? » Martine réplique : « Qui parle d’offenser grand-mère ni grand-père » ? Bélise insiste. Et Martine d’expliciter : « Mon Dieu, je n’avons pas étudié comme vous/Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous. » Bélise : « Je t’ai dit d’où vient ce mot. » Et l’autre : « Ma foi qu’il vienne de Chaillot, d’Auteuil ou de Pontoise… » Arrêtons-nous là : tout y est dit. Le rire suscité est cruel mais juste. Tout y est de l’ignorance, couplée à la bêtise. Le maître de maison, Chrysale, défendra sa servante qu’on chasse « à cause qu’elle manque à parler Vaugelas ». Il a bon dos, Vaugelas !

Ce jour de la francophonie, on a, également, ressorti du placard les langues régionales. Il serait grand temps qu’en haut lieu on rappelle l’ordonnance, toujours en vigueur, de Villers-Cotterets (1539). Chaque semaine, une émission télévisuelle ne nous raconte-t-elle pas « notre belle histoire de France » dont fait partie, intimement, l’histoire de notre langue ?

Marie-Hélène Verdier
Marie-Hélène Verdier
Agrégée de Lettres Classiques

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