Le couple Tapie a été victime d’un cambriolage avec agression. Des photos tournent en boucle, qui témoignent de la violence employée par les malfaiteurs. À ce sujet, André Bercoff a reçu les confidences de Bernard Tapie qui lui a révélé la stupéfiante réponse de son bourreau lorsqu’il protestait, se défendant d’avoir toujours été du côté de « l’ouverture » : « Va te faire enculer, ce temps-là est mort. »

L’occasion de s’interroger, avec le député Joachim Son-Forget, sur cette question de la légitime défense : notre loi française est-elle bien adaptée à la recrudescence des violences de notre société ?

La nouvelle fait le tour des plateaux depuis plusieurs jours : le couple Tapie a été cambriolé chez lui. Le couple a été ligoté, molesté et tabassé par une bande de cambrioleurs. Le citoyen français est-il à l’abri ? La Justice lui laisse-t-elle la possibilité de se défendre dans ce genre de cas ?

Personne n’est à l’abri de ce type de cambriolage. On peut le lire dans certains rapports, notamment annuels, de la police nationale qui ne sont pas à disposition du grand public. Certains réseaux de cambriolage sont identifiés, en relation à certaines origines des cambrioleurs et des réseaux de cambrioleurs. Ce phénomène se multiplie. Les cambriolages non violents où on vise « simplement » à spolier les gens de leur bien fut peut-être une règle par le passé. Aujourd’hui, les cambriolages sont associés à des violences physiques sans scrupules pour la vie humaine et pour l’état psychique des victimes qui passe au second plan par rapport au fait de déposséder quelqu’un de ses biens. La dépossession des biens et l’acte de violence apparaissent anodins pour de nombreux cambrioleurs.

Lorsqu’on est surpris en pleine nuit chez soi par des cambrioleurs, est-il possible d’avoir en tête les règles de la légitime défense ? La Justice peut-elle considérer que, dans ce genre de cas, nous ne sommes pas tout à fait maîtres de nos moyens ?

La jurisprudence montre que la Justice est toujours ou presque en défaveur de la personne qui se défend, et ce, d’autant plus qu’elle aura eu un geste disproportionné. Cette proportion s’applique pour des êtres humains rationnels. Ce sont les règles du combat rituel entre les grands mammifères. Du reste, on se bat à la boxe avec des armes émoussées et on a des gants pour éviter de blesser.

Dans d’autres sports de combat dit plus libres, il y a toujours des règles qui empêchent les coups les plus violents et les plus dangereux. Cette règle du pugilat est une espèce d’échange de bons procédés polis avec une massue ne sont pas les règles de la rue et du cambriolage avec violence. Là, il s’agit de survie. Par conséquent, chez la victime, on déclenche des réflexes de survie. Un réflexe de survie est soit d’être pétrifié ou de fuir ou, parfois, de se défendre, si on riposte, avec disproportion. Le but est de maintenir son intégrité physique et celle de ses proches autour de soi. On comprend que l’on n’est pas dans le même cas de figure que le cas du pugilat ou de la rationalité qui voudrait qu’on soit dans une certaine mesure. C’est même le rituel de la guerre. Il est aussi celui d’une proportion dans la réponse. Là, on est dans un cas de figure très animal. Le bioconservatisme est le fait de savoir ce que la nature a fait de nous, d’où nous venons et quelles sont les incohérences entre cet être qui régit sa survie, ses émotions, ses croyances et ses rituels et cet être au-delà de l’animal qui est un être rationnel. Dans le cadre de la survie, la proportion n’existe pas toujours parce qu’il y a de l’adrénaline et un état quasiment animal dans lequel on se retrouve malgré soi. Est-ce que cela veut dire qu’il faudrait assassiner toute personne qui en voudrait à nos biens ? Je pense que ce n’est pas bien. Néanmoins, entre cela et se retrouver, en tant que victime, condamnée lorsqu’on a voulu riposter, je pense qu’il y a deux mondes et certainement une mesure à trouver entre les deux.

Le dernier volet de ce fait divers est dans le récit qu’a fait Bernard Tapie de cette agression rapportée par André Bercoff sur Sud Radio. Si ce que dit André Bercoff est vrai, cette séquence est redoutable. Il y a vraiment une sorte de retour à l’état sauvage. « Va te faire enculer, ce temps-là est mort. » On est revenu au temps des barbares. C’est ce que cette phrase veut faire comprendre.

On n’est même pas dans la loi de la jungle. C’est pire que cela. On ne peut pas reprocher à M. Tapie de ne pas être intelligent. Challenger son agresseur en le remettant dans une forme de débat rationnel, en lui rappelant qui il est et ce qu’il a fait, de quel côté il s’est toujours placé, et en face quelqu’un lui dit « vieux, on n’est pas dans le même monde, je te parle d’animal à animal ».

C’est peut-être pire que le rapport d’animal à animal, comme on vient de le mentionner, puisqu’il n’y a plus de code et de barrière. Je ne vais pas en profiter pour accabler M. Tapie. Je pense qu’il est déjà dans une situation personnelle de santé qui n’est pas simple pour lui. Je ne vais pas commencer à faire du cynisme sur le décalage entre ses idées politiques et ce qui lui est arrivé. Je trouverais cela fortement déplacé. Cette affaire est médiatisée à outrance, puisque c’est une personnalité. C’est un état de fait. Des tas de gens se font molester de la sorte tous les jours et on appelle cela des faits divers. Comme ce sont des faits divers, on n’en parle pas et on considère qu’il peut y avoir un bruit de fond qui est une forme de normalité, tant que ces statistiques n’augmentent pas de manière dramatique. Ce raisonnement comptable est celui de nombreux politiques. Je trouve cela inquiétant. Chacun de ces faits divers est, en soi, inquiétant.

Cet état, dit de nécessité, est respecté dans d’autres législations, il n’est pas du tout respecté dans la législation française, qui se voudrait une forme d’exception à la proportionnalité pour les raisons physiologiques dont on vient de parler. On peut se défendre de façon différente, que ce soit la nuit ou le jour. Je vous laisse apprécier la nuance.

Par ailleurs, il n’y a pas cette loi du château où notre domicile est inviolable et qu’on a le droit de faire usage de la violence de manière légitime pour se défendre, défendre les siens et défendre ses biens.

On a dit aux gens « soyez des moutons » parce que l’autorité disposant de la violence légitime viendra à votre secours lorsque vous en aurez besoin. Ce n’est pas le cas. Dans un cas comme celui- là, où on est en situation de légitime défense, elle se situe par défaut dans une forme de spontanéité. Dans ce genre d’affaire jugée après, la préméditation est sanctionnée. C’est bien la preuve que l’on ne peut pas les anticiper. Si on ne peut pas les anticiper, c’est qu’à ce moment-là, on n’a pas le temps de prendre son téléphone et de dire « au secours ». Alors que si vous êtes en situation où des témoins vous ont entendu crier et qui, eux-mêmes, ont fait le geste d’appeler à l’aide, vous êtes condamné à vous faire torturer et à mourir. Je demande de respecter notre nature, qu’on ait le droit de défendre notre intégrité physique et morale. Je le divise de manière binaire, mais c’est un tout.

En vérité, on devrait être en capacité de se défendre sans être inquiété par la suite. Même si des gens pouvaient se défendre et avaient les capacités de se défendre, ils se diront « si je me défends de manière disproportionnée, je vais aller en prison, être jugé et je vais devoir des dommages et intérêts à l’agresseur ». Les gens sont donc pétrifiés par cette peur. Plus vous êtes un bon citoyen, plus vous avez peur de cette autorité qui dispose du monopole de la violence pour venir vous défendre et également pour vous condamner si cette société-là estime que vous êtes un individu violent qui ne répond pas aux règles qu’elle a érigées.

Puisque l’insécurité explose dans ce pays et que l’État régalien est de moins en moins capable de protéger ses citoyens, faut-il que la loi donne plus de latitude aux citoyens pour se défendre ?

Le garde des Sceaux est un homme de cette gauche qui ne nous est pas forcément favorable et nous le lui rendons bien. Je ne parle pas de violences mais de responsabilités. Il faudrait que l’État se retire et investisse le champ afin de redonner le sens de la responsabilité à l’individu.

6 avril 2021

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