Jérôme Blanchet-Gravel : “Au Québec, comme en France, on n’assume plus d’être de droite”

Le 1er octobre se tenaient les élections générales québécoises, avec la victoire de la Coalition Avenir Québec (centre droit nationaliste) dirigée par François Legault, proposant de “réduire significativement l’immigration”.

Le journaliste québécois Jérôme Blanchet-Gravel fait un point sur les forces politiques en présence et analyse les résultats de ces élections, loin des interprétations caricaturales de certains médias français, évoquant la “montée de la droite nationaliste”.

Les élections au Québec auraient ouvert la porte au pire nationaliste que peut compter la belle province.
Quelles sont les nouveautés politiques venant du Québec ?

Effectivement, la couverture européenne des dernières élections provinciales québécoises et l’État du Québec sont une catastrophe du point de vue interprétatif. On parle de la montée de la droite nationaliste. D’abord, il faut bien comprendre que le nationalisme au Québec n’a pas du tout la même acception que le nationalisme en Europe. Le nationalisme au Québec c’est d’abord la préservation d’une entité québécoise menacée par l’anglais. Il n’a pas la connotation péjorative qu’il a par exemple, en France.
Je pense qu’en France, être nationaliste est presque associé à l’extrême droite. Ce n’est pas du tout le cas au Québec.
François Legault est arrivé au pouvoir. C’est un ancien homme d’affaires et ancien souverainiste. C’est une droite que je décrirais comme moderne, ce n’est pas une droite xénophobe, comme en parlent les médias européens. Effectivement, la CAQ propose de réduire le seuil d’immigration significativement, mais elle ne le fait pas dans un esprit d’extrême droite. C’est plutôt dans l’optique de mieux intégrer les personnes immigrées. On est dans la même logique de diabolisation, au Québec, on ne peut plus assumer le fait d’être à droite comme en France. Celui qui est aujourd’hui à droite au Québec est forcément d’extrême droite. Tout ce qui est à droite de l’extrême gauche devient d’extrême droite. C’est absolument ridicule.

Un deuxième parti s’est démarqué, celui de ‘’Québec solidaire’’. On pourrait très hâtivement le comparer à la ‘’France Insoumise’’ de Jean-Luc Mélanchon.
D’après Radio-Canada, il serait le parti préféré des écoliers.
La jeunesse canadienne est-elle ‘’Québec Solidaire’’ ?

Oui, les jeunes se sentent interpellés par ce parti qui se situe entre ‘’La France Insoumise’’ et les ‘’indigènes de la République’’. C’est un parti trop à gauche sur le plan économique. Il propose un interventionnisme économique étouffant. Il est multiculturaliste à outrance.
Nous sommes vraiment dans la radicalisation du multiculturalisme. Il passe son temps à qualifier les Québécois de racistes systémiques. On est toujours dans la culpabilisation par rapport aux autochtones. Les Québécois seraient des méchants descendants d’Européens blancs et catholiques qui auraient conquis les bonnes populations autochtones. On est vraiment dans le mythe du bon sauvage.
Les méchants catholiques d’ascendance française auraient fait un génocide, alors que ce n’est pas du tout la réalité. Les Français se sont beaucoup mélangés avec les populations amérindiennes, mais on est dans ce mythe un peu revanchard.
C’est une formation avec des relents d’islamogauchistes.
‘’Québec Solidaire’’ présente la première candidate voilée dans une circonscription à Montréal. C’est une formation politique qui nous fait croire qu’elle prône une certaine laïcité, mais c’est uniquement de la façade.

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