Editoriaux - Livres - 4 octobre 2018

Livre : Le Loup dans la bergerie, de Jean-Claude Michéa

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Cela fait belle lurette que le loup capitaliste est définitivement entré dans la bergerie socialiste, ce, par une monumentale duperie dont l’Histoire a le secret. La gauche est le nom de cette tromperie ; la droite est sa caisse de résonance.

Il faut lire, relire et méditer les textes de Jean-Claude Michéa qui, le premier, a su démasquer l’imposture libérale-libertaire de cette gauche asocialiste qui a abandonné le peuple et s’est avérée incapable de dénoncer et combattre les méfaits du capitalisme de marché (auquel elle s’est ralliée sans vergogne), tout en se drapant dans la dignité factice d’un antifascisme d’opérette aussi intellectuellement incapacitant que socialement intimidant.

Parce qu’il ose aller à la racine des maux, Michéa est volontiers taxé d’extrémisme droitier par ses « amis » de la gauche bien-pensante (cf. Frédéric Lordon, qui ne cesse de fustiger « l’impasse Michéa ») qui démontrent, ce faisant, leur incompréhension autiste à la logique constitutionnellement unitaire du libéralisme.
En marxien conséquent (voire, comme disait notre maître Jacques Ellul, en « marxologue » averti), Jean-Claude Michéa ne peut extirper la vérité qu’à sa racine proprement humaine, étant entendu que les idées n’ont pas de vie autonome en dehors de leurs concepteurs. C’est, d’ailleurs, ce qui rend sa critique enracinée du libéralisme totalement convaincante, à rebours de l’antienne désincarnée (car fondée sur l’homme abstrait, « axiologiquement neutre ») des libéraux dogmatiques : « La théorie est capable de saisir les masses, dès qu’elle argumente ad hominem, et elle argumente ad hominem dès qu’elle devient radicale. Être radical, c’est saisir les choses à la racine, mais la racine, pour l’homme, c’est l’homme lui-même » (Karl Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel, Gallimard, 1982, p. 99).

À ces meutes post-mitterrandiennes (dont Jacques Attali est le chef de file indétrônable, Macron étant son meilleur disciple), quoi de mieux que de leur suggérer, derechef, une leçon de rattrapage/matraquage avec le dernier essai que notre anarchiste conservateur a consacré à leurs criminels errements idéologiques ?

Le Loup dans la bergerie est issu d’une conférence prononcée devant le Syndicat des avocats de France, en novembre 2015. Le texte est augmenté des habituelles « scolies » aussi denses qu’éclairantes qui confèrent à la pensée michéenne une cohérence qui le tient éloigné de tout esprit de système. L’ouvrage, bien que postérieur à L’Impasse Adam Smith ou à La Double Pensée, acquiert une valeur propédeutique et se présente comme un parfait résumé introductif à la phylogenèse de la philosophie libérale, projet politique destiné, originellement (dans l’Europe des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles), à repousser définitivement le spectre de la guerre civile.

L’homme n’est alors plus considéré comme animal politique socialisé, mais comme monade naturellement indépendante et égotiste mue par ses instincts (le « loup » hobbesien) dont l’État assurera contractuellement les rapports individuels avec ses semblables sans nulle prise en considération holiste du bien commun et de sa morale traditionnelle (celle issue des pères, transmise inconditionnellement aux fils) sous-jacente.

La « main invisible » (soit la libre concurrence autorégulatrice) du marché corrigée par le droit cantonné à un rôle exclusivement procédural, érige donc la liberté abstraite en « méta-valeur » absolue à laquelle sont subordonnées les valeurs morales, religieuses et philosophiques collectives, priées, dorénavant, de se retrancher dans la sphère privée. De facto, libéralisme et relativisme deviennent tautologiques. Le politique devenant le garde-côte des “eaux glacées du calcul égoïste”, le libéralisme sombre alors dans l’impolitique. Sa profonde unité culturelle et économique réside précisément dans son axiomatique révolutionnaire qui le pousse à s’affranchir constamment de toutes limites autres que celles posées par l’imagination individuelle.

Le « pompeux catalogue des droits de l’homme » s’allonge indéfiniment pour satisfaire les désirs hédonistes et narcissiques (et souvent délirants !) des individus, eux-mêmes réifiés par et dans le processus aliénant du « fétichisme de la marchandise » auquel ils contribuent journellement, offrant au turbo-capitalisme d’accumulation sa meilleure garantie de survie et de perpétuation.

« Liberté, égalité, propriété, Bentham », résumait Marx, si bien expliqué par Michéa.

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