Editoriaux - Politique - Social - 21 septembre 2019

Jean-Paul Delevoye serait-il un petit cachottier ?

Jean-Paul Delevoye, le « Monsieur Retraites » du gouvernement – qui, au passage, va cumuler son salaire de ministre et une partie de sa retraite –, préconise « un système universel de retraite, plus simple, plus juste, pour tous ». Comment les Français ne pourraient-ils pas être d’accord sur un objectif si louable ? On se demande bien pourquoi de plus en plus de professions contestent cette réforme : après la RATP, le 13 septembre, ce sont les avocats qui se sont mobilisés, le 16, avec les médecins, les infirmiers, les pilotes de ligne et, ce samedi, c’est FO qui manifeste. Tous de vilains corporatistes, qui défendent leurs privilèges ?

Encore faudrait-il que les artisans d’une refondation totale du système fissent preuve d’une transparence complète, sans rien cacher de leurs intentions. Or, c’est tout le contraire qui se passe. Le journal L’Opinion a dévoilé les conclusions d’un rapport de l’Institut de protection sociale (IPS), qui comprend notamment d’anciens patrons de caisses de retraite et des experts-comptables. Ce rapport démontre que Jean-Paul Delevoye et le gouvernement mentent par omission, quand ils présentent cette réforme.

« Au démarrage de la réforme », écrit le haut-commissaire aux retraites, « le rendement d’équilibre du système serait fixé à 5,5 %. Concrètement, cela signifie que 100 euros cotisés garantiront le versement de 5,50 euros de retraite par an, pendant toute la durée de la retraite. » Sauf que c’est faux ! Dans le taux de cotisation préconisé (28,12 %), 2,81 % sont consacrés à la solidarité et ne procurent aucun droit à la retraite : 100 euros cotisés donneront donc droit à 4,95 euros seulement. Un rendement inférieur de 10 % à ce qui est annoncé. Comment faire confiance à ceux qui commencent par un mensonge ?

Le haut-commissaire explique aussi que le taux de cotisation du futur régime de retraite sera calqué sur le taux actuel. En fait, selon les calculs de l’IPS, le taux sera plus élevé pour tous les salariés qui ont une rémunération inférieure à trois plafonds de la Sécurité sociale. Ainsi, pour un salaire annuel de 50.000 euros, il faudra cotiser 112 euros de plus : 13 euros pour le salarié, 99 euros pour l’employeur. Une broutille ? Mais de petites sommes, ajoutées chaque mois les unes aux autres, c’est un montant non négligeable au bout de quelques années. En revanche, les salariés qui perçoivent une rémunération supérieure à ce plafond vont voir leurs cotisations baisser fortement. Ils auront de quoi faire des placements pour une rente future.

Le même flou concerne les pensions de réversion. Dans le futur régime, le conjoint survivant pourra voir sa propre pension complétée, pour atteindre 70 % du montant des deux pensions du couple. Il y aura forcément quelques gagnants et beaucoup de perdants. Le gouvernement se garde bien de souligner que le droit à pension de réversion sera ouvert à compter de 62 ans dans le régime universel, au lieu de 55 ans, actuellement, pour les salariés du privé.

Si l’on ajoute les incertitudes sur la valeur du point, qui peut varier en fonction de la conjoncture économique, la baisse générale des pensions qui résultera de la prise en compte des revenus sur toute la carrière (et non plus les 25 meilleures années dans le privé et les six derniers mois dans la fonction publique), on peut comprendre que la majorité des Français soient suspicieux à l’égard d’une réforme dont on leur cache sciemment les aspects les plus négatifs. Méfions-nous des cachottiers, prêts à tous les mensonges pour faire passer la pilule : ils parent du nom de justice de prochaines injustices et dissimulent au profane la vérité.

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