Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 19 septembre 2019

Jacques Bichot : « La réforme des retraites permettra d’avoir une nation formant une unité »

La mise en œuvre de la réforme des retraites, avec l’unification du régime par points, fait face à une contestation grandissante, des cheminots aux avocats.

Explication de Jacques Bichot au micro de Boulevard Voltaire.

Vent de révolte contre la réforme des retraites annoncée par le gouvernement et son rapporteur Jean-Paul Delevoye.
Cette réforme est extrêmement combattue par tous les corps sociaux, notamment les cheminots et les professions libérales.
Qu’y a-t-il dans cette réforme ?

Il y a d’abord une unification du régime de retraite par répartition qui devrait aboutir à un régime unique pour tous les Français. Évidemment, ceux qui bénéficient d’un régime particulièrement agréable sur le plan financier ne sont pas très contents.
En réalité, le passage à un régime unique par point est une chose techniquement excellente. Les régimes de retraite les plus modernes comme ceux de la Suède ont été pris comme point de mire par le président de la République. C’est un régime beaucoup plus moderne que le nôtre.
L’idée est bonne. En revanche, il y a un certain nombre de difficultés. La première d’entre elles étant peut-être de nature politique. Le président de la République n’a pas lu l’exposé des motifs du rapport de loi jusqu’à la cinquième page. La notion de durée de cotisation est tout à fait incompatible avec le système par point. On a donc un faux problème quand on vient dire « pourrait-on utiliser la durée de cotisation plutôt que l’âge ? » C’est tout à fait hors des limites de l’épure.


Parmi les principaux contestataires, on a évidemment les cheminots. Ils partent à la retraite à 53 ans et touchent une retraite assez généreuse.
Le métier de cheminot n’a plus de pénibilité qu’il avait lors de sa création.
Serait-il bon que ce régime soit revu ?

Il est indispensable qu’il soit revu. Si les cheminots veulent avoir un certain nombre d’avantages spécifiques, cela peut se comprendre, mais pour certaines catégories de cheminots. Cela peut se comprendre aussi pour les militaires et d’autres fonctions qui entraînent des sujétions particulières.
La capitalisation est très simple. Tout ce que l’on fait en plus du régime général, parce que les personnes sont soumises à des conditions de travail particulièrement exigeantes, on peut le résoudre en instaurant un système de capitalisation. Cette fois, ce système peut être spécifique à une profession. On ne peut pas avoir un régime de répartition viable pour les médecins ou les agriculteurs. En revanche, on peut avoir des régimes de capitalisation qui correspondent aux spécificités de la profession médicale ou agricole.


Cette réforme annonce la fin du modèle français. Beaucoup l’enviaient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cela remet-il en cause notre identité ?
La fin de la spécificité française peut-elle être perçue comme une conséquence d’uniformisation totale ?

L’unité de la France est un point essentiel de son image internationale. Au niveau mondial, nous sommes le pays qui a remplacé un régime post féodal avec des divisions très nombreuses de provinces et principautés qui ne permettaient pas d’avoir une unité nationale.
La France est un des premiers pays qui a vraiment réalisé l’unité nationale. De ce point de vue là, la réforme des retraites en cours correspond parfaitement au génie français d’avoir une nation formant une véritable unité.

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