Jean-Paul Brighelli revient sur les hommages à Samuel Paty perturbés et dénonce la montée en puissance du niveau de violence des élèves chez qui il n’y a plus aucun tabou.

 

Vous êtes professeur et avez publié plusieurs livres (La Fabrique du crétin, C’est le français qu’on assassine…). Un hommage à Samuel Paty a eu lieu dans toutes les écoles de la République. Ce jour-là, 98 faits inquiétants ont été recensés. C’est comme si nous les comptions comme le nombre de voitures brûlées la nuit du Nouvel An. Cela va-t-il devenir un rituel ?

J’ai peur que ce soit, en effet, comme les voitures brûlées, le jour de l’An, et qu’on minimise le phénomène de façon à ce qu’il n’y ait pas d’incitation à copier.
Une centaine d’occurrences sur tout le territoire, ce n’est en effet peut-être pas grand-chose. Une centaine de voitures brûlées le jour de l’An, ce pourrait n’être pas grand-chose, sauf pour ceux dont on a brûlé la voiture. De même, une centaine d’incidents, ce n’est pas grand-chose sauf pour les enseignants des établissements où ils se sont passés et qui savent, désormais, qu’ils ont pour élèves de futurs jihadistes. C’est bien de cela qu’il s’agit. Ce n’est pas qu’une question de mode. Ces gosses savent très bien ce qu’ils font lorsqu’ils contestent un hommage, que ce soit à Charlie ou à Samuel Paty. Ils savent très bien qu’ils sont dans l’opposition à la République. Cela veut dire que, pour un certain nombre, la loi islamique est supérieure aux lois de la République. Selon un sondage, c’est le cas pour 40 % d’entre eux. Cela veut dire, aussi, qu’ils n’hésiteront pas, demain, pour 150 euros ou peut-être moins, à indiquer l’identité du professeur qui aura déplu à un tueur pathologique venu de Tchétchénie ou de Conflans-Sainte-Honorine.

Après les récents faits divers inquiétants, que doit-on penser de ces groupes qui sont en sécession vis-à-vis de la République ?

Les verrous et les tabous ont sauté. Comme élève, chacun a pu souhaiter la mort d’un enseignant, on a rêvé de le piler sur place. Mais on ne l’a jamais fait. Le passage à l’acte, désormais, se fait naturellement.
Une société sans tabous – voir Freud ou Lévi-Strauss sur la question -, c’est pas de société du tout. Ceux qui ignorent les tabous sont déjà dans une société future, dans une sorte d’État barbare.
Je pense tout particulièrement à ce professeur qui s’est fait mettre par terre par un élève, filmé par un autre. Tout cela s’est retrouvé sur TikTok et vu des millions de fois. Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Lui mettre une baffe ? Elle n’a pas le droit. Les élèves ont, aujourd’hui, plus de droits que les enseignants actuellement. C’est les effets de la loi Jospin et de toutes les démissions successives.

Au niveau politique, plusieurs personnalités avaient essayé de minimiser l’assassinat de Samuel Paty. À votre avis, volonté de créer un débat ou renoncement ?

Dans le cas d’Alexis Corbière, c’est électoraliste. La France insoumise essaye de s’approprier ces nouveaux électeurs potentiels tels que les avait identifiés la fondation Jean-Jaurès et que le PS, dans le temps, avait essayé d’attirer. Je pense qu’ils sont complètement à l’ouest, car ces gens dont on parle se fichent pas mal du processus électoral.
Pour Laurence De Cock, c’est différent. Elle est dans intersectionnalité des luttes, si je puis dire. Tout ce qui vient du Maghreb ou de l’Afrique est bien, même quand on mutile les femmes, même quand on les voile, et tout ce qui vient d’ici est mal. Quand je pense que cette femme est prof d’histoire, je préfère ne pas imaginer la qualité de ses cours et son attitude avec les élèves qui, par malheur, ne seraient pas d’accord avec ses positions.

18 octobre 2021

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