Vous avez peut-être lu un article de Marianne commentant la nomination du directeur de cabinet de , Christophe Kerrero, au poste prestigieux de recteur de l’académie de . Ce n’est, certes, pas la première fois qu’un Conseil des ministres procède à des changements de recteurs : un remaniement ou la fin de l’année scolaire est le moment propice pour procéder à quelques ajustements. Mais, à y regarder de plus près, vous ne pourrez que constater que cet agrégé de lettres modernes, qui a fait plus carrière dans l’administration et dans les cabinets ministériels que dans l’enseignement, semble avoir bénéficié de privilèges qui conduisent à s’interroger sur les raisons de sa nomination.

Marianne nous rappelle les postes clés qu’il a occupés : conseiller du ministre Luc Chatel, de 2009 à 2012, date à laquelle il est nommé inspecteur général, avant de prendre, en 2016, la direction des lycées au conseil régional d’Île-de-France, auprès de Valérie Pécresse, et de devenir, en 2017, directeur de cabinet du ministre actuel de l’Éducation nationale. Théoriquement marqué à droite, c’est un esprit souple, qui ne s’embarrasse guère des clivages politiques, adepte du « en même temps » cher à . Mais peut-être, après tout, doit-il sa brillante carrière à ses compétences, unanimement reconnues ?

Malheureusement, quand il était directeur de cabinet, il a surtout brillé, selon Marianne, par sa « discrétion ». « J’ai rarement vu un directeur de cabinet aussi absent », déplore la secrétaire nationale du SNES, qui s’en est ouverte au ministre, ajoutant : « Avec tous les dossiers qui attendent le recteur à la rentrée, nous espérons sincèrement que M. Kerrero saura mettre en place le dialogue qui nous a manqué ces dernières années. » Jean-Michel Blanquer s’en serait-il débarrassé en lui accordant une promotion, comme cela arrive parfois dans la haute administration ?

Le problème, c’est que Christophe Kerrero n’a pas du tout le profil qui convient à un recteur de Paris. Il faut savoir que l’académie de Paris, outre quelques lycées prestigieux, comprend un nombre important d’universités, qui en font d’abord une académie universitaire. Christophe Kerrero a bénéficié d’un décret, publié en octobre 2018, qui a supprimé la possession de titres de chercheur comme condition pour devenir recteur d’académie. Pierre-Yves Duwoye, ancien recteur de l’académie de Versailles, pointe « un CV très loin de l’expérience de haut niveau de ses prédécesseurs » et souligne : « C’est le meilleur élève de la classe macronienne. » Il faut dire que, comparé aux anciens recteurs Gilles Pécout ou Patrick Gérard, il fait pâle figure et ne brille guère par sa notoriété universitaire.

Marianne nous apprend aussi que le nouveau recteur de Paris est membre du conseil scientifique de l’iFRAP, un think tank libéral, inscrit au registre des représentants d’intérêts au Parlement, qui pratique un lobbying actif pour propager ses idées et veut rémunérer les professeurs « à leur performance », preuve qu’il n’a du métier des enseignants qu’une conception théorique, bien éloignée de la réalité de leur travail. On n’ose penser que cette proximité ait quelque rapport avec sa nomination comme recteur de Paris, chancelier des universités.

Peut-être le nouveau recteur fera-t-il mentir la maxime selon laquelle l’habit ne fait pas le moine et que, face aux responsabilités, il révélera des qualités insoupçonnées. Il n’en reste pas moins que sa nomination suscite de nombreuses interrogations sur les intentions qui peuvent entacher la nomination de certains hauts fonctionnaires.

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