Audio - Editoriaux - Entretiens - Polémiques - Politique - Social - 16 décembre 2019

Jean-Frédéric Poisson : « Quand on affecte de prêcher la transparence pour tout le monde, il est bon de l’appliquer à soi-même »

Jean-Frédéric Poisson réagit à la démission de Jean-Paul Delevoye et donne son analyse sur le conflit social lié à la réforme des retraites.

Jean-Paul Delevoye a démissionné ce matin. Il était dans la tourmente depuis plusieurs jours en raison des scandales qui commencent à s’accumuler. Saluez-vous la décision du haut commissaire aux retraites ?

C’est la moindre des choses. C’était la seule issue possible, pour deux raisons. D’abord, parce que sa situation était irrégulière sur le plan du droit. Elle était donc devenue intenable sur le plan politique. Deuxièmement, quand on affecte de prôner, pour ne pas dire de prêcher, la transparence à tous les niveaux et pour tout le monde, il est bon de se l’appliquer aussi à soi-même. Il faudra un jour faire l’inventaire de tout ce que la macronie compte désormais de mis en examen ou de démissionnés pour ce type de raisons. Cela commence à devenir spectaculaire. Je me demande si on ne finirait pas par préférer l’ancien monde.

A-t-on vraiment changé de monde ?

Évidemment que non. Il est même pire. On y trouve toutes les mauvaises habitudes de l’ancienne manière de faire et plus aucune des bonnes. C’est particulièrement vrai sur cette réforme des retraites. Depuis la réforme de 2004 de François Fillon, nous avons connu un certain nombre de réformes des retraites. Elles ne se sont pas forcément toutes déroulées sans heurt social, mais dans un contexte social où même si on n’était pas forcément d’accord, il y avait un échange entre les autorités de l’Exécutif et les partenaires sociaux. Le gouvernement ne fait même plus semblant.


Comment juger le dialogue social dans ce pays en ce moment ?

Il n’y a pas du tout de dialogue. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Cela a commencé très tôt avec les ordonnances Macron et ça s’est poursuivi avec la réforme de la formation professionnelle. Entre temps, il y a eu la réforme de la SNCF.
À toutes les occasions auxquelles, paraît-il, le gouvernement a engagé des réformes à caractère social, les partenaires sociaux ont été consultés pour la forme, quand ils l’ont été. La plupart du temps, les décisions sont prises dans leur dos. Un certain nombre de ces décisions ont été apprises par les partenaires sociaux par voie de presse interposée.


On a du mal à comprendre le jeu des différents protagonistes, notamment des syndicats qui avant même de négocier entament une grève…

Il y a longtemps que la grève n’est plus la résultante d’un échec des négociations. La grève préventive en particulier dans le secteur des transports publics est une arme habituelle des organisations syndicales. C’est malheureux parce qu’elles perdent de la percussion et du crédit.
La question au fond est davantage de savoir si le gouvernement est en situation aujourd’hui de dire à chaque Français ce qu’il va se passer pour sa retraite personnellement. La réponse est non.

On peut aussi se poser la question de la pertinence de l’agenda. On sort d’un an de Gilets jaunes et d’une séquence où l’Exécutif est extrêmement affaibli et où la parole ne porte plus.
Pourquoi réformer le régime des retraites à peine être sorti de la crise des Gilets jaunes ?

C’est assez difficilement compréhensible. Y a-t-il un impératif budgétaire ou financier ? Plus ça va, plus j’entends que non. Apparemment, ça commencerait à se corser plutôt en 2024 ou 2025. On a donc encore le temps de voir venir.
Ensuite, juste avant les fêtes, on imaginait bien ce qu’il allait se passer. Le gouvernement ne pouvait pas l’ignorer, sauf à considérer que, et ce n’est pas la première fois, le gouvernement refasse son propre crédit sur le dos d’une opposition qu’il s’évertue à discréditer. En poussant les syndicats à la faute et au blocage, il se replace dans une position modérée, donc acceptable. Et comme les Français sont sommés de choisir entre les syndicats et le gouvernement, entre les bons et les méchants, et comme les méchants sont les syndicats, donc le gouvernement est le gentil.

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