L’historien Jean de Viguerie, auteur de nombreux ouvrages, notamment Les Deux Patries. Essai historique sur l’idée de patrie en France (1998), vient de mourir à l’âge de 84 ans. Qui était Jean de Viguerie ? Reynald Sécher tente de répondre à cette question au micro de Boulevard Voltaire.

Jean de Viguerie nous a quittés ce 15 décembre 2019. L’historien était très connu dans le milieu pour ses ouvrages, mais moins connu du grand public. Qui était Jean de Viguerie ?

Jean de Viguerie est un très très grand historien. Il a eu une carrière longue et contradictoire. C’est un homme brillantissime. Je rappelle toujours que c’est le spécialiste des prêtres de la doctrine chrétienne. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage qui a fait date à son époque sur l’histoire de l’éducation de l’Église au siècle des Lumières. Il a aussi écrit un certain nombre de biographies, notamment Louis XVI, un livre qui a fait beaucoup de bruit. Il y remet un certain nombre de questions à l’endroit. Il a également écrit un livre qui a fait peu de bruit, mais qui a été important dans la connaissance de la vie de madame Elizabeth, la sœur de Louis XVI.
Selon moi, son grand livre est Les deux patries. Ce livre est exceptionnel, car il a su poser les problèmes français depuis la Révolution française. Ce livre a été écrit avec une intelligence inouïe et une documentation exceptionnelle. L’idée des deux patries n’est pas nouvelle, sauf qu’il l’a alimentée et construite pour faire comprendre ce qu’était cette opposition et contradiction entre ces deux France.


Quelles sont ces deux patries ?

C’est la France révolutionnaire d’un côté et de l’autre, la France conservatrice, enracinée et qui puise toutes ses valeurs au plus profond de son Histoire, notamment judéo-chrétienne.
Cette France farouchement révolutionnaire a un double objectif : couper coûte que coûte les racines françaises et créer l’homme nouveau.
Il le démontre presque de manière mécanique, mais avec méthode. Cet historien a un parcours intellectuel exceptionnel.


Pourquoi expliquer la méconnaissance du public pour ce grand historien ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première, c’est la nature même de l’homme. C’est un homme timide et discret. Son intelligence exceptionnelle et fulgurante faisait qu’il disait des choses que les gens ne voulaient pas entendre.
La deuxième raison c’est son appartenance au Front national et notamment au bureau politique qui lui a beaucoup nui [note de la Rédaction : Jean de Viguerie n’a pas été membre du bureau politique du Front national mais de son Comité Scientifique]. D’ailleurs lui-même le disait sur le tard. Il n’a pas été reconnu par ses pairs, il a même été éjecté de l’université.
La troisième raison est que ce n’est pas un homme de grand public et de médias. Il était rarement invité sur les plateaux pour la raison que je viens d’évoquer. Mais, en plus, ce n’est pas sa nature. C’est un intellectuel pur qui passe un temps fou dans ses livres et qui aimait vraiment beaucoup écrire.

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