Audio - Entretiens - Polémiques - Santé - Société - 11 juillet 2019

Jean-Frédéric Poisson : « Je suis étonné du silence coupable des politiques sur Vincent Lambert »

Aujourd’hui, Vincent Lambert est mort.

Réaction de Jean-Frédéric Poisson, l’un des rares hommes politiques à s’être engagés pour soutenir le combat que menaient les parents de ce patient tétraplégique, en état pauci-relationnel.

strong>Vous avez été l’un des cinq politiques à vous impliquer pleinement dans l’affaire Vincent Lambert. Que représente, pour vous, cette affaire ?

Cette affaire est emblématique de la mentalité du temps qui ne comprend plus pourquoi il faut respecter la dignité et la vie humaine sans exception, sans restriction et sans condition.
Nous voyons l’influence d’un lobby pro-euthanasie très actif en France.
Nous sommes, aujourd’hui, dans un tourment civilisationnel. Pour la première fois depuis quatre-vingt ans, nous avons mis à mort une personne profondément handicapée, qui n’a pas d’autres troubles que celui-là. La médecine et la Justice françaises ont décidé que cette personne devait mourir. C’est une catastrophe sur le plan humain, pour toute sa famille et pour tous ceux attachés à sa vie. C’est aussi une catastrophe symbolique pour l’ensemble de la société française qui vient, dans une large mesure, de rétablir la peine de mort, alors qu’elle était exclue de notre législation depuis quarante ans.

Quelles sont les conséquences politiques à tirer de cette affaire ?

À l’occasion de l’examen du projet de loi qui aura lieu en septembre à l’Assemblée nationale, nous allons certainement voir revenir la volonté de légaliser l’euthanasie. Dans les mandatures précédentes, cette volonté avait affleuré à plusieurs reprises.
La dernière fois, il avait fallu un appui massif des Républicains, dont je faisais partie, pour contrer une offensive menée par quelques députés socialistes et Verts. Cette fois-ci, je ne sais pas ce qu’il adviendra.
Monsieur Touraine est l’ancien président de la commission spéciale de bioéthique, fervent défenseur de l’euthanasie et auteur de l’amendement qui a été rejeté par le Parlement, au moment de la loi Leonetti. Je ne doute pas que ce dernier revienne, mais cette fois-ci avec la volonté de faire aboutir son intention.
Je pense que c’est la première conséquence politique, et sans doute la seule.
Dès l’automne prochain, nous allons probablement voir inscrire dans la loi française la légalisation de l’euthanasie.
La deuxième conséquence politique est le constat d’un très grand silence des formations politiques françaises quand elles ne sont pas d’accord avec ce qui est en train de se passer. Je vois, là, une défaite en rase campagne d’un certain nombre de formations politiques qui se prétendent une fois droitière, une fois conservatrice, ou les deux.
Je suis très étonné de voir le silence qui s’installe dans la sphère politique sur le cas de Vincent Lambert. Le débat sera certainement encore plus discret qu’il ne l’était aujourd’hui. Il y a une forme de capitulation très inquiétante pour les formations politiques, qui se sont tues jusqu’ici.

Pensez-vous vraiment que Vincent Lambert ait été victime du silence de certains politiques de droite ?

Non. Les politiques ne sont pas tout-puissants. Il a d’abord été la victime des décisions de la médecine et de la Justice française. Elles ont décidé qu’il fallait arrêter l’administration des soins.
Il a, également, été victime de la division de sa propre famille, dont je ne suis pas juge. Je constate, quand même, que la disparité des volontés exprimées par ses proches n’a pas, non plus, incité à ce qu’on fasse tout pour le maintenir en vie.
Le silence des politiques est dans son ordre propre. S’ils étaient d’accord avec le fait qu’on mette fin au traitement de Vincent Lambert, il fallait qu’ils le disent clairement. Le fait de se taire sur une affaire aussi symbolique et importante renseigne sur la volonté de ces formations politiques à traiter des sujets extrêmement difficiles et importants dans la société française.

À lire aussi

Jean-Frédéric Poisson : « Un discours de politique générale pour rien ! »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleLe président du Parti chrétien-démocrate réagi…