Editoriaux - International - 9 janvier 2020

Iran et USA, entre jeu de rôle et jeu de dupes…

Tel qu’écrit en ces colonnes, et fort des analyses du quotidien libanais L’Orient-Le Jour, le pire n’a pas eu lieu entre l’ et les USA. Pourtant, si n’est pas le fou dangereux que la majorité des médias décrit, il n’empêche qu’il joue ici un jeu dangereux ; même si, chez lui, il y a souvent loin des paroles aux actes.

Les paroles ? Celles auxquelles plus personne ne fait vraiment mine de croire. Échantillon : « L’Iran a été le principal parrain du terrorisme dans la région. Nous ne permettrons jamais à l’Iran de représenter une menace. »

Mieux encore : « Le monde civilisé doit envoyer un message fort et unifié en disant : “Votre campagne d’atrocités et de meurtres ne sera plus tolérée dorénavant”. » Venant d’une nation par essence belligène – Washington n’a presque jamais cessé d’intervenir militairement depuis deux siècles –, voilà qui ne manque pas de sel. Quant au « monde civilisé », on a évidemment le droit de préférer Disneyland à Chiraz ou Ispahan : ce n’est finalement jamais que question de goût.

Les actes ? Contrairement à ce que certains commentateurs redoutaient, le même Donald Trump n’a que très mollement réagi aux frappes aériennes de Téhéran sur ces bases américaines sises en Irak ; lesquelles n’ont évidemment causé ni morts ni blessés, tel qu’on pouvait s’y attendre. Ainsi, entre jeu de rôle et jeu de dupes, le président américain s’est contenté d’annoncer la mise en place de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran.

Toujours dans un semblable registre verbal, Nancy Pelosi, chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, devrait, ce jeudi 9 janvier, proposer un texte visant à « empêcher Donald Trump de faire la guerre à l’Iran ». Que ce dernier soit adopté ou non importe finalement peu, sachant que de guerre il ne devrait y avoir. En revanche, cette dame rompt avec la traditionnelle langue de bois de son parti, quand estimant que l’action « ciblée » contre le général Soleimani était « une frappe militaire disproportionnée et provocatrice », menée « sans consulter le Congrès » et ayant « mis en danger militaires, diplomates et concitoyens en créant une grave escalade des tensions avec l’Iran », rapporte France Info.

Après, qui a gagné, dans cette joute ? Téhéran sauve la face et la Maison-Blanche peut se montrer satisfaite d’avoir éliminé celui qu’elle considérait comme une pièce maîtresse du dispositif adverse dans la région. Anthony Samrani, toujours, dans L’Orient-Le Jour, note, non sans justesse : « Pour le reste toutefois, c’est un retour à la case départ avec une situation qui s’est entre-temps dégradée. Les États-Unis n’ont toujours pas de stratégie claire vis-à-vis de l’Iran. On ne sait toujours pas comment ils comptent gérer la contradiction entre la volonté du président américain de se désengager de la région et sa gestion du bras de fer avec l’Iran qui l’oblige à s’y investir encore davantage. »

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