Economie - Editoriaux - Société - 9 janvier 2020

Réforme des retraites : le casse du siècle ?

Il parait que la grève va cesser. C’est M. Martinez qui le dit ? Non, c’est le Premier ministre. Curieux, non ? Comme quoi l’information circule mal à la CGT, ou le gouvernement s’initie à l’intox.

Bref, à force de concessions, de reculades, il ne reste plus grand-chose du projet initial. C’est donc que, finalement, cette absolue nécessité économique n’était pas si nécessaire que cela. Et s’il s’agissait tout simplement d’une manip’ pour faire main basse sur un magot ?

Parce qu’arnaque, s’il y a, elle ne date pas d’aujourd’hui. Retour sur image. C’est en 1945 que le Conseil national de la Résistance a lancé (en fait, 1943) l’idée généreuse d’assurer aux vieux une retraite décente (amélioration du système existant par répartition mis en place par Vichy). Le plan est simple : un prélèvement sur les salaires permettra aux aînés de disposer d’un pécule pour leurs vieux jours. Bien entendu, on ne demande pas aux Français ni aux travailleurs leur avis. À l’époque, la France se remet au travail avec enthousiasme, l’âge pivot est à 65 ans et, guerre aidant, le nombre de bénéficiaires est limité.

Mais la première arnaque est là : chaque salarié ne cotise pas pour sa propre retraite mais pour celle de ceux qui y sont. Que le nombre de cotisants diminue, que le nombre de bénéficiaires explose et le système s’écroule. De plus, s’agissant d’une décision politique imposée, un autre gouvernement peut, à tout moment, modifier la donne. Arrive le baby-boom. Patatras ! le bel édifice s’effondre. Dès les années 70, on comprend que le système ne sera pas viable à terme.

Alors, seconde arnaque, on colmate les brèches. Des mesurettes sont mises en place pour compléter ce que les cotisations à elles seules ne peuvent pas fournir : dès 1956, M. Guy Mollet instaure la vignette pour venir en aide aux plus démunis. Trois ans plus tard, cette vignette ne sera qu’un impôt de plus.

Mais ce n’est pas fini. Les vieux, toujours les vieux, il faut les choyer : en 1991 est créée, pour alimenter le Fonds de solidarité vieillesse, une modeste contribution pour cinq ans appelée CSG, à 1,1 %, qui passe à 2,4 % en 1993. Vraiment, les retraites sont assurées pour longtemps. Enfin, disent les politiques, car le déficit continue. Cette fois (mais c’est la der des der) est créée la Contribution à la réduction de la dette sociale, en 1996, avec pour objectif qu’elle disparaisse en 13 ans, soit 2009. Sommet du ridicule, M. Raffarin invente la journée de solidarité destinée à l’autonomie des personnes âgées, ou le “travailler pour rien”. On sait ce qu’il en est advenu. Aujourd’hui, selon les cas, la CSG et la CRDS ont des taux et un rendement supérieurs à l’impôt sur le revenu, et les retraités y sont même assujettis !

La troisième arnaque se déroule sous nos yeux. Il s’agit de nous faire croire, à l’aide d’une logique monétaire implacable, que la réforme projetée apportera enfin l’équilibre des comptes. Et s’il s’agissait, tout simplement, de mettre la main sur un trésor soigneusement caché ? Certaines caisses de retraite sont pleines (environ 35 milliards d’euros au Fonds de réserve des retraites). Les systèmes de prévoyance sont assis sur un matelas confortable (135 milliards). Au total, le système a devant lui entre 130 et 150 milliards d’avance, sans compter la Caisse d’amortissement de la dette sociale (environ 24 milliards) (1). Bien entendu, ces sommes n’ont pas échappé à Bercy. Changer de système permettrait de faire main basse sur tout ou partie de ce magot. Quel pactole ! Si on ajoute la baisse des retraites, l’entrée des fonds de pension, quel coup de maître ! Les sponsors du régime ont de quoi être reconnaissants.

(1) BFM TV, 2/1/2020

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