Régurgitant la presse lue le matin, chacun se croit juriste. Très péremptoirement. Parfois juriste américain. Parfois juriste hispanique : chacun y va de son exégèse de la Constitution espagnole sans en avoir entendu autre chose que des commentaires reproduisant des commentaires. Ayant fait dix ans d’études juridiques, puis pratiqué le droit sous toutes ses formes pendant quarante ans, j’ai toujours été consterné de la grande ignorance, voire du mépris, des Français en matière de droit, en comparaison du respect que l’on en a dans les autres pays. À titre d’exemple, on se référera à notre article sur la peine de mort pour faits de terrorisme aux États-Unis et aux bavardages diffusés dans nos médias “main stream” à ce sujet pour comprendre qu’il vaut mieux laisser les réponses aux questions juridiques à des juristes confirmés. Car la question de la Catalogne (ou Catalunya) et de son indépendance est bien plus complexe, juridiquement, que ce que les médias imaginent en savoir.

Mais là n’est pas notre propos, qui est politique. J’avais émis ici l’idée que, pour éviter une grave crise pouvant devenir dramatique et se répandre, les pays voisins (Portugal et France) devaient proposer leur médiation. Au lieu de quoi a immédiatement affirmé son soutien au gouvernement Rajoy, anéantissant toute chance de donner à la France un rôle de médiateur d’autant plus nécessaire que le Roussillon (Catalogne française) a été travaillé, sur place, par les autorités barcelonaises qui la désignent comme “Catalunya Nord”…

La proclamation de la “République de Catalogne” par le Parlement catalan n’a provoqué la reconnaissance diplomatique par aucun État souverain, et a aussitôt été suivie d’une mise sous tutelle de la région par Madrid, huit anciens ministres ont été incarcérés (prévenus de sédition et de rébellion) et la Justice espagnole a demandé à la Belgique (mandat d’arrêt européen), où il s’est réfugié, de lui livrer le président Puigdemont.

Jeudi soir, 20.000 personnes se sont rassemblées devant le Parlement catalan à Barcelone pour exiger “la libération des prisonniers politiques”. Les ondes de choc de la situation espagnole vont nécessairement s’intensifier, eu égard au manque de modération du gouvernement espagnol, et la population catalane, certes divisée, va mal réagir à ces inutiles vexations. Toute l’économie (fragile) de la péninsule pourrait subir un fort recul, avec des répliques dans toute l’.

La Commission bruxelloise, sollicitée, a tapé en touche. Car l’affaire prend des proportions redoutables : nul ne peut nier que l’emprisonnement pour des délits ou crimes strictement politiques de personnalités élues n’a pas de précédent en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est dire la gravité exceptionnelle de la situation, alors que les élections générales provoquées par Madrid le 21 décembre 2017 risquent de reproduire, voire d’aggraver, la situation. La France est inconsistante : à défaut d’avoir su proposer sa médiation au moment opportun, elle doit appeler Madrid à la modération. Dans cette situation, si tendue, des troubles pourraient survenir. Or, l’Europe n’a pas besoin de troubles en ce moment.

4 novembre 2017

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