Erdoğan peut se frotter les mains : à l’occasion du sommet qui débute ce jeudi, à Bruxelles, l’Union européenne s’apprête à renouveler avec la l’accord migratoire de 2016 et à débourser des fonds considérables. Pas moins de trois milliards d’euros entre 2022 et 2024, qui viendront s’ajouter aux 535 millions déjà octroyés en 2021. Théoriquement, pour que des ONG prennent en charge les réfugiés à l’intérieur de ses . Si l’on en croit Le Figaro du 24 juin, le vice-président de la Commission chargé des questions migratoires a toutefois admis qu’« une partie de cet argent pourrait aussi aller à l’État turc ».

L’Union européenne se veut rassurante : les États membres ne devront pas mettre la main au portefeuille, puisque la Commission est suffisamment riche en début de mandat. Il faut dire que certains Parlements auraient pu faire des difficultés pour débloquer des fonds supplémentaires. Les instances européennes, une fois de plus, trouvent tout naturel de prendre des décisions sans consulter les peuples ni leurs représentants et de tout décider entre chefs d’État ou dans une Commission non élue. Sans compter que les réserves dans lesquelles on va puiser proviennent de la poche des contribuables.

On a ainsi trouvé le moyen de passer outre l’opposition éventuelle de pays qui verraient ce financement d’un mauvais œil. Cette manœuvre dissimule, au demeurant, des arrière-pensées électorales. L’ s’inquiète qu’on ne donne pas cette garantie aux Turcs : Angela Merkel ne veut pas déplaire à la nombreuse communauté issue de Turquie et ne souhaite pas voir renaître le problème turc avant les élections de septembre. Quant à , à l’approche de 2022, il n’a pas envie de susciter une polémique supplémentaire. Un diplomate a confié au Figaro cette réflexion cynique : « On fait miroiter à la Turquie un montant qui sera débloqué plus tard, elle garde les frontières fermées et les leaders peuvent souffler pendant l’été. »

En faisant un pas vers Ankara, l’Union européenne prétend apprivoiser Erdoğan, tout en restant sur ses gardes. Elle espère qu’il lui rendra la pareille et fera des efforts sur la question de Chypre et du respect des droits de l’homme. Qui sait ? La Turquie acceptera peut-être même de « contribuer positivement au règlement des crises régionales » en , Libye, , Azerbaïdjan et au Haut-Karabakh. On peut toujours rêver. À croire que l’Union européenne vit dans des Bisounours. Faut-il être naïf… ou irresponsable ! Dire que certains rêvent encore de voir la Turquie entrer dans l’Union européenne

Erdoğan, contrairement à plusieurs dirigeants européens (Macron en tête), n’a pas mis au rebut la souveraineté de son pays et recherche, avant tout, ce qu’il estime être l’intérêt de son pays. Il sait adoucir ses positions ou les durcir en fonction des circonstances et de ses intérêts, de ce qui lui est utile ou néfaste. Pour l’heure, il prend un visage accommodant, il a même renoncé à exercer son chantage sur l’immigration. Mais il est à parier, lorsque l’ sera endormie et aura baissé la garde, qu’il se montrera de nouveau menaçant. Les dirigeants européens devraient relire La Fontaine et se méfier de Raminagrobis.

24 juin 2021

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