Mangeons-nous trop blanc ? Pour son direct du 17 juin sur le thème « Une République blanche ? Blanc.he.s et blanchité en France », Sciences Po avait invité une professeur d’université du Connecticut fortement tourmentée par la question raciale. Blanchité, blanchitude ou blanchatrisation ? Le débat s’annonçait enflammé.

Par le passé, cette sommité de l’ venue d’outre-Atlantique avait publié un rapport dans lequel elle dénonçait « la domination blanche à travers la française ». Mais qu’entendait-elle par là ? Les instances de Sciences Po en perdaient le sommeil et l’appétit. Était-ce la couleur des plats – quenelles, crêpes Suzette, blanquette de veau – qui était en cause ou bien l’excellence ? Le tour de main, le talent, le raffinement ?

Nous n’en saurons rien. Par précaution, l’institut avait banni le blanc de poulet du menu de sa cafétéria. Mathilde Cohen pouvait en prendre ombrage et repartir par le premier avion. N’avait-elle pas déclaré, lors d’une précédente crise de démence antiraciste, que « la blancheur de la nourriture française » maintenait la « domination blanche » ?

Toute s’appuyant sur des ingrédients de couleur blanche, il est permis de penser qu’il s’agit de l’excellence qui est ici remise en question. Le pileur de manioc se sentirait-il humilié par les enchantements culinaires d’Alain Ducasse ? Est-ce le credo de Mathilde Cohen ? Mais que dire du cuisinier anglais dépité face à son agneau à la confiture de fraise ? À notre tour, nous voilà tourmentés par cette racialitude énigmatique.

Dans un dernier sursaut de culpabilité, le gastronome évoque l’hypothèse de l’excès de produits du terroir dans la confection de plats français. Il est vrai que dans son restaurant, Paul Bocuse n’a jamais proposé de cuisse d’antilope ou de rhinocéros bourguignon. L’apartheid gustatif est flagrant.

Dans un communiqué, le syndicat étudiant UNI dénonce les dérives racialistes de Sciences Po (« Science Peau », pour les initiés). Dérives racialistes, pathologiques ou clownesques ? En décembre, un groupe d’étudiants exigeait que soient embauchés « un corps enseignant et un personnel administratif ethniquement sous-présenté et/ou formé dans un environnement non occidental ». La délocalisation de l’Institut d’études politiques à Bobo-Dioulasso serait de nature à ravir la tendance dure de l’antiraciste militant. Les bobos à Bobo. Cette ville du Burkina Faso semble prédestinée à l’accueil du futur ventripotent en mal d’exotisme.

Après son intervention, Mathilde Cohen fut installée dans l’avion avec moult précautions. Le menu passé au crible. Des œufs durs sans blanc furent servis à la jeune universitaire… Mais trop de jaune n’est-il pas le signe d’une autre forme de suprématie raciale ? Sciences Po planche sur la question.

 

24 juin 2021

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