Ils venaient « casser du Blanc » à la sortie du collège. Et ils le revendiquent !

Une tête chercheuse nommée Marie Gaussel, une dame « chargée d’étude et de recherche au service veille et analyse de l’Institut français de l’Éducation » (si si, ça existe), nous gratifiait, dans Le Monde de l’Éducation du 2 juillet, du fruit de ses cogitations sur un sujet nouveau : les adolescents et leur physique.

Son papier tourne autour de ce problème épineux : « Quelle place pour le corps adolescent au collège ? »

D’emblée, je dirais pas assez (de place). C’est vrai, il faut avoir eu devant soi une assemblée de grands échalas vautrés sur des chaises trop petites, les jambes étirées dans l’allée parce qu’elles ne tiennent plus sous la table, pour comprendre la douleur de l’adolescent moyen. Surtout quand il vit la tête penchée pour mieux cacher, derrière ses mèches rebelles, un visage guetté par l’acné. Alors Mme Gaussel l’affirme : « En 2019, le corps de l’élève peine encore à être reconnu comme un élément central dans les processus d’apprentissage. Il est en fait encore perçu comme un élément séparé de l’esprit à éduquer » – la tête et les jambes, en somme –, « selon la conception héritée de Descartes qui distingue deux substances dans la constitution des êtres humains. » Elle aurait même pu mettre les pieds à part, mais bon, je ne voudrais pas faire de la pub aux Nike™, Adidas™ et consort.

La réflexion de Mme Gaussel va très loin ; c’est là où l’on comprend pourquoi elle est une tête chercheuse officielle des sciences de l’éducation. Ainsi, ayant bien réfléchi, elle n’hésite pas à affirmer que « les gestes, les mouvements qui nous paraissent ordinaires ou allant de soi, comme la marche, la nage, sont en réalité le reflet d’une éducation qui institue les façons dont les êtres humains apprennent à se servir de leur corps ». D’où l’on pourrait sans doute déduire que le petit humain, élevé comme Tarzan chez les singes, devient singe ; ou bien que, nageant, il se fait poisson. La preuve par le sexe, cette fadaise, poursuit la dame : « C’est d’ailleurs comme cela que se développent les stéréotypes de genre qui impactent les adolescents. »

Ben oui, sans construction sociale discriminatoire et genrée, nous serions tous des escargots. Je parle, bien sûr, ici, de parthénogenèse. En conséquence de quoi « le biologique et le psychique semblent donc bien interagir de façon bidirectionnelle et indissociable », dit-elle.

Cette analyse pointue me laisse perplexe, vous l’aurez deviné, d’autant qu’un fait divers vient mettre un peu de pagaille dans cette savante démonstration.

Il s’agit de quatre adolescents âgés de 11, 12 et 13 ans, parfaitement monodirectionnels ceux-là, qui ont été interpellés mardi aux abords d’un collège privé de Valence, dans la Drôme. « Blacks et Beurs », nous dit la presse locale, et là encore parfaitement sûrs de leur couleur et de leur testostérone naissante, ils venaient « casser du Blanc » à la sortie de l’institution Notre-Dame. Leurs propos exacts : « Casser du gwer », mot « dérivé du terme arabe gaouri qui désigne le blanc », précise France Bleu.

Très à l’aise dans leur corps, là encore, et n’en déplaise à Mme Gaussel, ces gentils adolescents se faisaient la main depuis le printemps, au point que les patrouilles de police avaient été « renforcées » (sic). Je ne crois pas me souvenir que la police patrouillait à nos sorties d’école, mais une fois encore, ces temps ne sont plus… Leurs passe-temps sportifs étaient bien rodés : « Avec un groupe d’une dizaine de copains qui les regardaient faire, ils repéraient au hasard un élève rentrant chez lui à pied après les cours. Et ils s’en prenaient à lui. Crachats, gifles, parfois coups de pied et coups de poing… »

Pourtant, Mme Gaussel, rousseauiste dans l’âme, en est sûre : l’enfant est une page vierge que la société corrompt. Aussi, dit-elle, « un travail sur les représentations du corps devrait être mené au collège par les enseignants ».

Quand ils auront fini de corriger les copies du bac, peut-être ?

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