Racines chrétiennes de l'Europe, mesures arbitraires d'interdictions du culte, relations avec l'islam, matérialisme de notre société, religion du corps, transmission... Autant de questions fondamentales qu'aborde l'évêque auxiliaire de l'archidiocèse catholique d'Astana, au Kazakhstan, au micro de Gabrielle Cluzel.

 

 

Je suis l’évêque auxiliaire de Noursoultan la capitale de Kazakhstan. Le diocèse s’appelle le diocèse de Sainte Marie. Kazakhstan est un pays dans l’Asie centrale.

 

 

J’aimerais que nous parlions de la France puisque vos déplacements fréquents vous permettent de faire des comparaisons et mettre en perspective. Que diriez-vous des catholiques français ?

 

Pendant le confinement, j’ai été impressionné de l’exemple des catholiques français. Ils ont protesté d’une manière pacifique contre ces mesures arbitraires de la prohibition du culte. Nous avons vu beaucoup de catholiques dans plusieurs lieux de la France prier le chapelet à genoux sur le trottoir en public. Je ne connais pas d’autres exemples de fidélité au culte en Europe pendant le confinement. C’était un exemple très impressionnant. Je pense que le catholique français a un héritage des martyres de la percussion de l’Église pendant la Révolution française, de la fidélité des catholiques de Vendée, des saints français notamment le saint curé d’Ars, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la dévotion au cœur de Jésus qui a commencé en France avec Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial, la dévotion eucharistique qui a été promue de manière très forte par Pierre-Julien Eymard, un saint français et les congrégations missionnaires  francçaisestrès méritoires.

Pour cette raison, je pense que la France catholique a donné à toute l’Église un grand trésor de spiritualité des saints. Aujourd’hui, nous pouvons observer que les petites communautés françaises se forcent de garder cette fidélité de la foi catholique et transmettent la foi aux jeunes générations.

C’est un signe d’espérance.

 

 

Il est vrai que nous manquons de signes d’espérance. Sans faire de catastrophisme, si je fais en France un bref bilan, des dizaines d’églises ont brûlé, des profanations ont eu lieu et des vols de biens religieux ont été constatés. Plus de 1000 faits anti religieux par an ont été recensés. C’est la religion la plus attaquée. Le père Hamel avait été égorgé dans son église. Des fidèles à Nice ont eux aussi été assassinés dans leur basilique par un islamiste.

Dans un autre registre, des catholiques processionnant vers Montmartre ont été insultés et molestés. La messe a été interdite pendant le Covid et des prêtres et des fidèles ont été dénoncés comme mauvais citoyens puisqu’ils ne respectaient pas à la lettre le règlement. Enfant, vous avez éprouvé ce que signifiait être persécuté dans sa foi et ne pas pouvoir pratiquer. Pensez-vous que cela puisse arriver en France à court ou moyen terme ?

 

Ces phénomènes que vous avez énumérés sont déjà un signe. Je pense que les catholiques en France ne doivent pas se laisser intimider. Il faut avoir un esprit de courage et d’un témoignage public.

Il faut aussi défendre les droits des catholiques. Il faut avoir des associations avec des personnes de bonne volonté pour protéger les droits fondamentaux des chrétiens de l’espace public. Il peut arriver que les catholiques soient isolés ou discriminés, mais je ne pense qu’ils seront persécutés directement comme c’était le cas pendant la Révolution française. En revanche, je pense qu’il est possible que les catholiques soient isolés et discriminés de la vie publique et professionnelle à cause de leur fidélité à leur foi.

 

 

Nos lecteurs sont parfois assez critiques avec le clergé parce qu’ils sont parfois des catholiques plus culturels que cultuels. Ce ne sont pas toujours des catholiques pratiquants, mais ils sont attachés aux racines chrétiennes de la France. Dans leurs commentaires, ils jugent parfois peu lisible voire inopérante l’Église catholique face à la montée massive et visible de l’islam dans notre pays comme si une certaine vision de la charité inter religieuse les paralysait. Qu’en pensez-vous ? Y a-t-il un combat spirituel à mener pour l’Église ?

 

Il faut avoir une vision réaliste. Nous vivons un combat spirituel entre la vérité et le mensonge. La vraie religion est la foi catholique qui a été révélée par Dieu et donnée à tous les hommes.

Le clergé doit être honnête et dire qu’il y a des dangers intrinsèques à la religion islamique. Nous devons dialoguer avec l’islam, mais avec sincérité. Il faut dire que notre culture européenne marquée par le christianisme est conservée par notre société. Nous pouvons observer qu’une grande partie du clergé n’a pas le zèle apostolique missionnaire de prêcher l’évangile, la foi catholique à notre société. Nous devons offrir à nos frères et sœurs citoyens musulmans le bonheur d’écouter la vérité de la foi catholique.

 

 

Les Français ont parfois le sentiment que le catholicisme et la civilisation qui l’a modelé sont en train de s’effacer et de se retirer sur la pointe des pieds. Que répondez-vous à ceux qui disent que finalement cette sortie du catholicisme et de la civilisation occidentale est le vent de l’histoire ?

 

Nous pouvons observer ce processus depuis la Révolution française. Peu à peu, elle a été infiltrée dans tout l’uniforme de la société. Je pense que nous pouvons faire des efforts communs pour rétablir peu à peu des valeurs de la culture chrétienne, de la famille, de la morale, de la défense de la vie et de la présence de Dieu au milieu de la société.

 

 

La réaction à laquelle nous avons assisté avec cette crise sanitaire, ce vent de peur un peu disproportionné par rapport à la gravité d’une crise qui n’est pas comparable à la peste noire est-elle en lien avec la perte de spiritualité ?

 

Nous vivons dans une société d’une religion nouvelle. Cette dernière s’appelle la religion du corps ou la religion de la santé corporelle. Une grande partie de la population s’est laissé intimider parce qu’elle a vécu une vision du corps et non de la spiritualité et de la vie éternelle et l’immortalité de l’âme. C’était une démonstration de l’état de notre société complètement matérialiste venant d’une religion nouvelle.

 

 

Nous assistons en France à une montée très forte de la violence. Est-ce le signe du reflux de l’Église en tant que modérateur social ? L’Église a-t-elle une mission pour reconstruire tout cela ?

 

L’Église a la mission principale de prêcher les vérités divines, la révélation, le salut de l’âme, le salut éternel. Nous pouvons observer le comportement des élections politiques. Les personnes ne voient plus l’intérêt pour le bien commun. C’est une démonstration de l’égoïsme qui est la conséquence du matérialisme. Nous devons rétablir l’intérêt pour le bien commun. La tâche de l’Église est de proclamer qu’il y a encore une autre vie. Non seulement, la vie matérielle et corporelle, mais aussi la vie de l’âme, la vie avec Dieu, la vie surnaturelle et la vie éternelle.

 

On reproche beaucoup aux catholiques conservateurs de toujours dire que c’était mieux avant.

Le Pape François a récemment mis en garde les chrétiens contre les prédicateurs exhortant à revenir aux traditions passées pour répondre aux crises actuelles. Pensez-vous que c’était mieux avant ?

 

 

La société méprise le passé, la sagesse, l’expérience du passé. Nous avons tous reçu notre culture. Aujourd’hui, c’est à nous de transmettre ce que nous avons reçu. L’esprit de cette société sécularisée méprise les valeurs fondamentales de la culture chrétienne. Chaque famille transmet à ses enfants l’expérience de toutes les bonnes choses de cette famille. La valeur fondamentale indispensable que chaque famille devrait transmettre est la foi catholique. Nous ne pouvons l’inventer de nouveau à chaque génération, mais la transmettre. C’est le trésor le plus précieux.

A la base de cette foi catholique, nous pouvons reconstruire une vie sociale de l’homme qui nous apporte le vrai bonheur sur la terre, un bonheur limité et faible pour nous guider au bonheur éternel et perpétuel.

 

 

28 juin 2021

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