Hospitalité : loi absolue ou contrat moral ?

Hospitalité : quel beau terme ancré dans notre culture et nos traditions, vertu théologale de charité. Recevoir, inviter, offrir l’hospitalité sonnent doux à nos oreilles. Il évoque les ordres hospitaliers d’hommes et de femmes « accueillants » fondés il y a mille ans pour le service des pauvres, des faibles, des pèlerins.

Pour en exclure la dimension spirituelle, verticale, la société laïque, horizontaliste, n’en reconnaît que la dimension humaine et sociale pour n’en faire qu’un « accueil ». On s’en contentera, car le mot donne « cueille », tourné vers l’autre, et « recueillement », intérieur.

Mais il est temps de repenser des « lois de l’hospitalité », avec des droits et des devoirs mutuels. Car l’expression populaire « Faites comme chez vous », déjà hasardeuse entre amis, devient problématique quand il s’agit d’accueillir des inconnus de tous horizons et cultures. Or, des Français déculturés se permettent d’accueillir indifféremment tous immigrés au son de « Bienvenue chez vous ». Puisqu’il s’agirait d’un dû, ces activistes inconséquents privent les immigrés de réaliser la chance qui leur est donnée de s’intégrer et de remercier ; ils se privent eux-mêmes de la chance de donner et de recevoir en retour.

Un des plus grands intellectuels du XXe siècle, effacé par la censure de la liste des commémorations nationales de 2018, redoutait l’inversion des principes : alors que « les idées doivent être vraies et les sentiments généreux », il pressentait la dérive de l’ère moderne vers « des idées généreuses et des sentiments vrais ». Le pathos ambiant lui donne raison.

Quoique des experts soutiennent que l’ouverture illimitée des portes de la France ne produit pas « d’appel d’air », on voit bien qu’au côté d’une minorité de réfugiés en réel danger chez eux, une majorité d’opportunistes s’engouffrent dans la brèche, bernés et exploités par des trafiquants d’êtres humains, encouragés par des ONG en quête de médiatisation lucrative.

Depuis le XIIe siècle, l’hospitalité implique autant celui qui offre que celui qui reçoit. C’est toute l’ambiguïté du mot français « hôte », qui désigne l’invitant comme l’invité, alors que l’allemand distingue celui qui invite (Gastgeber, du verbe geben, donner) de celui qui est invité (Gast) et que l’anglais distingue host (invitant) de guest (invité). On ne voudrait pas qu’hôte et host deviennent hostiles, n’est-ce pas ?

Et pourtant, « hôte » souligne la relation, l’interaction. Tout est affaire d’individuation, que Gilbert Simondon assimilait à un contrat dans lequel les parties s’obligent les unes envers les autres. L’approche biologique peut nous y aider, par analogie. Comme tout organisme vivant, la communauté nationale peut accepter, dans des limites à définir, une relation de symbiose (assimilation), de mutualisme (intégration mutuellement bénéfique), de commensalisme (cohabitation non détrimentaire) ; pas de parasitisme. Question de réalisme et d’équilibre.

Définissons un code de conduite qui rende la cohabitation supportable et nous permette de suivre le conseil de saint Paul : « N’oubliez pas l’hospitalité, c’est par elle que certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. » Car on sait bien que tous les anges ne sont pas bons…

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