Le 19 août 1861, le Congrès confédéré annonçait une alliance avec l’État du Missouri. 160 ans, jour pour jour, après cette péripétie de la guerre de Sécession américaine qui fit, à la louche, près de 650.000 morts, Raoul Cauvin les a rejoints, vaincu d’un cancer incurable, à 82 ans, après une vie bien remplie de bulles et d’images qui les ont évoqués.

Né le 26 septembre 1938, la même année que Spirou, à Antoing, petite ville frontalière de Wallonie au bord de l’Escaut, dominée par le château des princes de Ligne – qui abrita les jésuitiques études de notre national –, Raoul Cauvin entra aux Édition Dupuis par la petite porte : en 1960, comme lettreur, et puis caméraman au service « dessin animé ».

Sa première chance ? L’œil de Charles Dupuis, toujours à l’affût des talents exploitables, qui lui proposera de s’essayer au scénario. Puis, en 1968, le départ de Lucky Luke des pages du journal : un grand vide à combler dans le domaine du western fantaisiste. En août de la même année, Les Tuniques bleues, nées des passions combinées et des cogitations de Cauvin et de Louis Salvérius (1933-1972), prenaient timidement le relais. C’est cette série qui, au fil des ans, et avec le succès, devait consacrer Cauvin comme maître du genre, épaulé aux pinceaux et à l’encre, après le de Salvé, par un Willy Lambil talentueux.

Imposé par sa fécondité et son travail comme « le » scénariste de la maison Dupuis, Raoul Cauvin a collaboré avec tous les grands dessinateurs de la BD d’humour « franco-belge ». Avec, in fine, pas moins de 50 millions d’albums vendus dont les plus populaires sont Les Femmes en blanc, Pierre Tombal, L’Agent 212, Les Psy, Cédric et, bien sûr… Les Tuniques bleues : près de 22 millions de ventes dans à eux seuls !

Les clefs du succès : un jeu d’antagonisme éprouvé entre le lâche et le bravache, dans un cadre d’aventures guerrières. Et puis la guerre de Sécession, un imaginaire bien connu en depuis Autant en emporte le vent (1939) et Les Cavaliers, de John Ford (1959). Sans compter le plaisir qu’il peut prendre à suivre les déboires loufoques du caporal Blutch et du sergent Chesterfield ; l’amateur d’Histoire et de l’époque retrouvera, assez fidèlement dépeints, certains détails d’ambiance : submersibles, navires, ballons dirigeables, régiments noirs, camps de prisonniers, et j’en passe. Une bonne alchimie de l’humour et du réalisme.

Avec 63 albums parus, tout ne se vaut pas. Et les derniers travaux de Cauvin accusaient lassitude de l’âge et faiblesse scénaristique. Quant au message global, passablement antimilitariste, rien de vraiment original : la guerre, c’est mal ! Et après ? Pétri de bons sentiments et de correction politique, Cauvin s’est même (une fois !) immiscé en censeur de la avec un album militant contre un chef de parti bien connu, blond et borgne : Captain Nepel ! Facilité à la fois naïve et trop convenue, sous prétexte de dénonciation du racisme, pendant les années Mitterrand… Flop ! Retenons plutôt de lui d’autres pépites d’humour belge : La Prison de Robertsonville ou bien, sans connotation politique, Les Bleus de la marine !

Raoul Cauvin était d’une cordialité extrême. Ceux qui l’ont approché dans les salons BD peuvent en témoigner. Alors que son dernier album sortira en octobre, pour le bonheur sonnant et trébuchant de l’éditeur, il nous quitte sur une belle leçon d’acceptation : « Encore quelque mois à vivre avant d’aller, là-haut, rejoindre tous ceux qui m’ont précédé. Fallait bien que ça m’arrive aussi un jour […] Et si pendant ce temps […] on faisait comme si de rien n’était… À continuer de parler de tout et de rien… À faire comme avant… ». R.I.P.

22 août 2021

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