[HISTOIRE] 14 octobre 1066 : Hastings, une bataille oubliée des manuels scolaires

Comprendre Hastings, c’est saisir les enjeux du présent, notamment ceux qui entourent la tapisserie de Bayeux.
@Wikimedia
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Le 14 octobre 1066, sur les hauteurs d’Hastings, s’est joué un événement décisif qui a marqué durablement l’Histoire de l’Angleterre médiévale. La France y a tenu un rôle déterminant. Les répercussions de cette bataille ont également profondément transformé le visage politique, culturel et linguistique de l’Europe occidentale. Comprendre cette journée, en saisir le contexte, le déroulement et la portée, c’est se doter d’un regard éclairé sur les débats qui entourent la tapisserie de Bayeux. C’est saisir les enjeux autour de la préservation de ce patrimoine aujourd’hui menacé quand l’enseignement d’Hastings et de ses conséquences tend à disparaître des programmes scolaires au profit de sujets biens différents.

Une course au trône d’Angleterre

Tout commence le 5 janvier 1066, lorsque le roi d’Angleterre Édouard le Confesseur meurt sans laisser d’héritier direct. Le trône d’Angleterre attire alors plusieurs prétendants, chacun armé de ses propres arguments Le premier est Harold Godwinson, puissant comte du Wessex et figure influente parmi la noblesse saxonne, qui ne perd pas de temps et se fait couronner quelques jours après la disparition d’Édouard. De l’autre côté de la Manche, Guillaume, duc de Normandie, surnommé « le Bâtard », revendique lui aussi la couronne, se fondant sur sa parenté avec le défunt roi et sur une bénédiction reçue par le pape Alexandre II. Fort de cela, Guillaume prépare ainsi une expédition militaire d’envergure pour conquérir ce qu’il considère comme son héritage.

Cependant, un nouveau prétendant vient entrer dans le jeu. En effet, le roi de Norvège, Harold, vient lui aussi revendiquer la couronne d’Angleterre en vertu d’anciens accords. Si Harold ne veut pas être pris en étau par ses deux rivaux, il doit agir vite.

Pour y arriver, il se précipite dans le nord afin de défaire les Vikings à Stamford Bridge, en septembre. Fort de cette première victoire, Harold fait marcher en hâte vers le sud ses 7.000 hommes pour contrer l’invasion normande. En effet, Guillaume vient de débarquer dans le Sussex avec une armée estimée à environ 7.500 fantassins et 2.000 chevaux, selon l’historien Paolo Cau, spécialiste de l'Histoire militaire (Les 100 plus grandes batailles de l'Histoire, Éditions Place des Victoires). Le 14 octobre, les deux camps se font ainsi face sur les collines de Senlac, près d’Hastings, pour une confrontation décisive qui scellera le destin de l’Angleterre et de son roi.

Hastings, une colline à conquérir

Au matin du 14 octobre, Harold occupe une position défensive avantageuse, ses troupes formant un mur de boucliers au sommet d’une colline. Les Normands, obligés d’attaquer en montée et donc épuisés, subissent d’abord de lourdes pertes. La discipline saxonne et la solidité de la formation tiennent tête aux premières vagues des troupes de Guillaume.

Ce dernier adapte alors sa stratégie : il ordonne des feintes de retraite qui attirent des groupes de Saxons hors de leur ligne fortifiée. Désorganisées, ces unités sont ensuite massacrées par des contre-charges de cavaliers. Ainsi, au fil de la journée, le mur de boucliers se fragilise sous les assauts répétés et les volées de flèches. L’une d’entre elle atteint même Harold au visage. Affaibli, il devient la cible des cavaliers de Guillaume qui le pourfendent. Sa mort entraîne alors la désorganisation de l’armée anglaise. La victoire de Guillaume, méritant bien son surnom de Conquérant, est totale.

Une dynastie française sur le trône d’Angleterre

Le succès de Guillaume a de profondes conséquences. Pour la première fois, une dynastie d’origine française s’installe sur le trône d’Angleterre : le Conquérant est couronné roi à Westminster le 25 décembre 1066. L’Angleterre devient alors une double entité politique, à la fois royaume indépendant et possession personnelle d’un vassal du roi de France.

En effet, le duché de Normandie reste officiellement sous l’autorité féodale du roi de France, malgré le fait que son titulaire soit désormais roi d’Angleterre. Cette situation va engendrer deux siècles de rivalités et de conflits qui atteindront leur apogée lors du duel entre les Capétiens et les Plantagenêts.

Sur le plan culturel et linguistique, la conquête provoque un véritable choc. La noblesse anglo-normande se met à parler et à écrire en français, langue de la cour, de l’administration et de la justice, tandis que la population anglaise conserve sa langue vernaculaire saxonne. Cette situation influencera profondément l’évolution de la langue anglaise, qui intégrera des milliers de mots d’origine française.

Les rivalités sociales entre les anciens seigneurs saxons et la nouvelle aristocratie normande nourrissent également, pendant des décennies, un climat de méfiance et de tensions politiques, une idée parfaitement reprise et illustrée par le Ivanhoé de Walter Scott.

Enseigner Hastings aujourd’hui

La bataille d’Hastings n’est pas un simple épisode militaire : elle constitue un véritable pivot historique entre la France et l’Angleterre. Son héritage se lit encore aujourd’hui dans les institutions, les langues, les dynasties et les structures politiques européennes. Pourtant, cet événement majeur tend progressivement à s’effacer des programmes scolaires en France, à l’inverse de l’Angleterre, aussi bien au collège qu’au lycée, comme le soulignent plusieurs enseignants auprès de Boulevard Voltaire, au profit de thématiques moins centrées sur notre Histoire nationale. Cela n’interdit pas heureusement aux professeurs, notamment dans le hors-contrat, de l’évoquer, mais le programme en fait un savoir optionnel plutôt que fondamental.

Enseigner Hastings, c’est donner aux citoyens les outils pour comprendre les liens profonds entre la France et l’Angleterre, mais c’est aussi affirmer que notre Histoire française et notre gloire militaire dépassent nos frontières. La controverse récente autour de la tapisserie de Bayeux, chef-d’œuvre médiéval illustrant la conquête du duc Guillaume, en est une parfaite illustration.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Le clou du spectacle: en face de Hastings, il y a la baie de Somme, dont la lumière a été peinte par Léonard Foujita et Pablo Picasso, hébergés chez ma grand-mère, à St Valéry sur Somme. En 1066, Guillaume regroupa en baie de Somme son armée, vivant sur l’habitant. Malheureusement, le vent soufflait N-NW, interdisant toute sortie. Un mois après, le vent tourna, Guillaume embarqua et devint roi d’Angleterre. En remerciement, il accorda divers privilèges à la ville de St Valéry, dont un tribunal de commerce « de terre et de mer », de compétence supérieure à celui d’Abbeville. Et ce tribunal survécut jusqu’au 1er janvier 2000.

  2. « La France y a tenu un rôle déterminant. » Plus exactement la Normandie, qui n’avait rien de Français à l’époque, car détenue par des descendants de Vikings, essentiellement Danois. Restons objectifs.

  3. C’est également oublier la quasi indépendance du duché de Normandie pour 138 ans (jusqu’à la commisse de 1204)

    • Bonjour Rollon est le nom que lui ont donné les Français. Pour nous il reste Rolf le marcheur. ou dans la Heimskringla, La saga des rois de Norvège Göngu-Hrólfr, Notre premier Jarl.

  4. Votre rappel historique est très intéressant et très utile.
    Guillaume le Conquérant a été honoré par le bel essai de Georges Duby, le grand historien du Moyen âge : Guillaume le Maréchal ou le plus grand Chevalier…

  5. La Manie des Français a annexé l’Histoire. Exemple ce texte sur la Victoire Normande de Notre Duc Wuillaume à Hastings. A entendre l’auteur de cet article, Hastings serait une victoire Française. Alors que nous avons repoussé toutes les attaques des Français. Ceux-ci ont d’ailleurs pris de sévères déculottés. à Varaville, à Mortemer en Bray. à Brémule.. Il à fallue d’une dynastie Angevine , pour qu’enfin de 1204. Les Français ont réussi à envahir la Duché de Normandie. et colonisé. La Terre Normande. Sauf heureusement les îles ne l’ont pas été. Ce qui nous permet d’avoir en la personne de Charles III Comme 45ème descendant du duc-roi Guillaume un duc de Normandie .

  6. Pour finir : ce qui fut remarquable chez les descendants du pillard Rollon c’est qu’en 1 siècle et demi ils avaient abandonné la culture scandinave : langue (le normannique), religion et même partiellement le droit, pour adopter celle (il est vrai tellement supérieure) de la Gaule romanisée. Tous les envahisseurs firent de même.

    • La Langue était le Norrois proche du Néerlandais ou de l’Alsacien. Mais vous avez raison Notre deuxième Jarl. Guillaume longue épée, à la naissance de Richard. à Fécamp l’envoya vers les années 945 à Bayeux la dernière ville ou l’on parlais le Norrois.

      • Qu’apprend on encore à l’école française de nos jours, pardon dans la Fabrique du crétin, selon la lumineuse formule du professeur Brighelli ?

  7. Le duc de Normandie  »une dynastie d’origine française » ? Vue depuis 2025 et de Paris ; mais pas en 1060 : ce qui deviendra bien plus tard notre pays, après bien des drames, s’appelait encore la « Gaule », jusqu’au XIVe siècle, et les rois se dirent longtemps « rois des Francs ». (rex Francorum). En revanche c’est vrai que le duc Guillaume allait enclencher une dynamique royale en Angleterre (qui était alors dans des guerres ethniques terribles : the dark ages) puis dans toutes les îles britanniques. Et cet esprit de conquête se transmettra aux USA. Mais Trump (fils d’une vraie Écossaise) a décidé de rompre avec l’impérialisme. Trump a compris que les USA ne sont plus la seule superpuissance et donc il cherche à assurer aux USA un rôle de première puissance.

  8. Sans oublier les rivalités entre la dynastie des Normands et celle des Plantagenêt qui lui succéda.
    Étienne de Blois, neveu d’Henri 1er Beauclerc, fils de Guillaume, Mathilde sa cousine, mère d’Henry Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, sous le nom Henri II, qui épousa Aliénor et prit l’Aquitaine en dot.

    Pas la meilleure manœuvre de Louis VII

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