Que se passe-t-il dans la république d’Artsakh, ce 29 octobre, au 33e jour de guerre ?

Depuis l’agression azerbaïdjanaise du dimanche 27 septembre, la situation semble s’être lourdement dégradée pour la petite république autoproclamée et son allié arménien. Les progrès tactiques – et peut-être à terme stratégiques – des forces de Bakou paraissent indéniables.

Sur le plan militaire : le front arménien semble avoir commencé à céder vers les 16 et 17 octobre, par une percée azerbaïdjanaise au sud-est du Karabakh, moins accidenté, sur les bourgades du rayon de Fizuli, aujourd’hui ville fantôme ; suivie d’une progression par l’axe routier sud jusqu’aux zones plus montagneuses du sud-ouest, sur Zangilan, à 5 km de la frontière arménienne, tombée le 20 octobre ; et d’une remontée vers le nord sur le rayon frontalier de Qubadli, « libérée » le 25 selon le président Aliyev. Au total, depuis le début du conflit, plus d’une centaine de localités, dont trois « villes », seraient aux mains des forces de Bakou ; soit une zone de plus de 1.600 km2. Leur objectif étant, maintenant, de poursuivre la percée vers le nord, depuis Aşağı Fərəcan (rayon de Latchin et limite nord de leur progression) en remontant par la vallée de l’Akera pour couper le corridor du col de Latchin/Berdzor, voie d’accès stratégique la plus courte entre l’ et le .

Sur le plan psychologique : l’enclave d’Artsakh comptait environ 150.000 habitants, avant le début du conflit. Beaucoup ont dû abandonner leurs foyers devant l’intensité des bombardements ennemis : 70.000 à 75.000 civils déplacés, environ 50 % de la population de l’enclave, réfugiés pour la plupart à Erevan. Les forces azerbaïdjanaises disposent, en effet, d’un armement efficace ; vecteur de stress : les lance-roquettes BM-30 Smerch (« Tornade »), montés sur véhicules, mobiles, exportés par la Russie depuis les années 1990, dignes successeurs des « orgues de Staline » ; combinés, surtout, avec des dizaines de drones tueurs : les israéliens Orbiter 1K et les turcs Bayraktar TB2, déployés depuis 2015. Armes presque imparables en zone accidentée.

Le nombre des victimes reste, pour l’heure, indéterminé du fait d’une propagande constante des deux partis qui déclarent avoir tué « des milliers » d’ennemis ; mais affirmait, voici huit jours, qu’on approchait vraisemblablement des 5.000 morts. Pour lui, le conflit serait entré maintenant « dans la pire de ses variantes ». Puissance régionale hégémonique, la Russie, qui maintient des rapports équilibrés avec les deux États rivaux, ne peut risquer un enlisement qui lui serait économiquement préjudiciable, ni l’écrasement de son allié civilisationnel arménien qui déstabiliserait la zone au profit de la Turquie. Cette petite phrase en dit long. Pour l’instant, les gardes-frontières russes, déployés le long de la frontière arménienne, garantissent son inviolabilité. Si la situation se dégradait irrémédiablement pour Erevan, Moscou devrait engager un rapport de force contraignant avec Bakou.

« Nous comprenons qu’une telle situation, quand une partie importante du territoire azerbaïdjanais est perdue, ne peut continuer », a ajouté le président russe, parlant d’une guerre ayant ses racines dans une « lutte territoriale » et un « affrontement ethnique ». Reste à savoir s’il entend légitimer, par ces mots, un état de fait imposé par la guerre perdue par Bakou en 1994 ; ou, sur le constat de l’avantage acquis des forces azéries après un mois de guerre, amener les belligérants à renégocier un compromis de frontières.

Vladimir Poutine ne tolérera certainement pas une épuration ethnique contre les Arméniens de l’Artsakh au nom du panturquisme. Mais, à l’heure de la difficile négociation politique qu’il s’apprête à mener, le résultat du combat pour Latchin sera déterminant. La défense de ce col ne doit pas devenir le Điện Biên Phủ des Arméniens !

30 octobre 2020

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