Le 27 septembre, les forces azerbaïdjanaises ont attaqué la « République d’Artsakh ». Jeu logique d’alliances, d’intérêt ethnique, culturel et stratégique, l’Arménie s’engage et la Turquie s’immisce dans le conflit : le Premier ministre arménien Nikol Pachinian évoque une possible « guerre d’envergure » avec l’Azerbaïdjan agresseur ; alors qu’Erdoğan, assure son homologue azéri Ilham Aliyev du soutien turc avec tous ses moyens.

Un peu d’Histoire : le – Artsakh, en arménien –, majoritairement peuplé d’Arméniens (95 %), était intégré à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, mais les territoires l’entourant étaient peuplés de Kurdes et d’Azéris. Depuis la dislocation de l’Union soviétique, ses habitants luttent pour leur indépendance, déclarée unilatéralement le 2 septembre 1991, réaffirmée par référendum en décembre suivant ; ou pour un rattachement à l’Arménie. Bien que le référendum de 1991 ait obtenu une écrasante majorité de « oui » (99,98 %) – éclatante démonstration patriotique du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » –, cette indépendance, soldée par 30.000 morts (1988-1994), n’est reconnue par aucun État membre de l’ONU ; l’Arménie affirmant toutefois une « reconnaissance de facto ».

Depuis, le « groupe de Minsk », créé sous les auspices de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), et coprésidé par les États-Unis, la France et la Russie, pour parvenir à un règlement pacifique de la crise, a multiplié les initiatives diplomatiques. Sans succès.

En attendant, la situation se complique. Mercredi dernier, la Russie et la France ont appelé à un arrêt complet des combats. La Russie – qui dispose d’une base militaire à Gyumri (nord-ouest de l’Arménie) –et l’Arménie se sont engagées par traité (OTSC) à se prêter assistance mutuelle pour défendre leur intégrité territoriale, maintenir la stabilité régionale et lutter contre le terrorisme (islamique, cela va sans dire !). Or, Moscou affirme que des combattants, « venant notamment de Syrie et de Libye », seraient déjà sur le front ; de quoi « provoquer une escalade » ; tout en exhortant à ne pas permettre l’arrivée de « terroristes étrangers et de mercenaires ». Information confirmée par , évoquant 300 combattants djihadistes ayant quitté la Syrie pour rejoindre Bakou en passant par Gaziantep (Turquie). Dans cette projection de « brigades internationales » djihadistes, on devinera la main du président turc ; tactique invasive éprouvée en Libye. Un jeu dangereux, qu’il réfute, mais qui légitimerait une riposte russe si les preuves en sont établies.

Le journaliste Aleksey Vesyoliv relève que l’Artsakh dispose surtout de « potentielles ressources en or, gaz et pétrole » et précise que « le Haut-Karabagh ne sait pas comment les exploiter pour le moment ». À plus grande échelle, un conflit dans cette zone pourrait affecter le transit du gaz et du pétrole qui proviennent de la mer Caspienne jusqu’en Turquie. Pour Theodoros Tsakiris, professeur d’économie et de géopolitique à l’université de Chypre, « ces pipelines sont cruciaux pour l’Azerbaïdjan, la Turquie et dans une moindre mesure l’Europe et l’économie mondiale ».

Loin de l’intérêt territorial et économique que représente cette enclave, à proche ou long terme, pour Arméniens et Azéris, les premiers mus par un nationalisme défensif, les seconds par un même esprit, mais de reconquête, c’est l’apaisement que cherchent, en réalité, les puissances régionales, car le Caucase-Sud est devenu un carrefour énergétique stratégique pour leur prospérité.

Donc, pas d’inquiétudes. Russie et Turquie auraient trop à perdre par un engagement ouvert. « Karabakh » signifie « jardin noir », en persan. Dans cette guerre des champs pétrolifères, l’apaisement viendra sans doute de l’Iran voisin, pressé de reconnaissance diplomatique. Ironie du sort ?

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