Editoriaux - Médias - Sport - Table - 21 mars 2018

Grève du 22 mars : une répétition pour le Grand Soir ?

Si vous n’avez rien de mieux à faire jeudi, restez sous la couette : ce sera un jeudi noir. Une vraie journée de m…, comme on dit. Transports et services publics, SNCF, RATP, Air France, Éducation nationale, hôpitaux… Bref, tout ce que le pays compte de fonctionnaires devrait être dans la rue pour protester contre les réformes annoncées – quand bien même c’est à l’horizon de cinq ans.

Pour ne rien vous cacher, cet inventaire à la Prévert me laisse perplexe. Je me demande, en effet, où peuvent bien se rejoindre – un exemple – les personnels des EHPAD qui gagnent misère à s’occuper de pauvres vieux et les pilotes d’Air France (en grève vendredi), véritables nababs de la profession ! À qui est-on censé apporter notre soutien, sinon notre compassion ? Quelles causes perdues devons-nous épouser ?

Le principal syndicat de l’enseignement primaire annonce un taux de grévistes de 25 %. Pour les crèches et les maternelles, il faudra aussi repasser. Dans les collèges et lycées, ce sont moins les profs que les élèves qui devraient faire défaut : l’UNEF ne veut pas de la réforme du bac ni de celle des universités. Les syndicats lycéens et étudiants n’ont qu’un gros mot à la bouche : sélection. Vade retro satanas ! Ils préfèrent sans doute le bac pour tous et le tirage au sort à la sortie.

On comprend mieux les personnels des EHPAD qui réclament « davantage de moyens humains ». Sauf que c’est comme les matons : il n’y a pas plus de candidats pour aller torcher les vieux que pour servir la soupe dans les quartiers de haute sécurité de nos prisons surpeuplées. Et ce n’est pas l’UNEF qui va envoyer ses bacheliers au rabais vers ces professions mirobolantes !

Globalement, les syndicats de la fonction publique réclament « le dégel de la valeur du point d’indice [qui sert au calcul de la rémunération], l’abrogation du jour de carence et davantage qu’une compensation de la hausse de la CSG ». Autrement dit, statu quo. Surtout, réformons sans toucher à rien. Même chanson chez les cheminots, qui ne tiennent pas du tout à voir bouger leur statut vieux de 70 ans. Il a pourtant largement atteint l’âge de la réforme, le statut (dans le sens de mise au rebut) !

Pour ce jeudi 22 mars, seul SUD Rail a déposé un préavis de grève. Les autres syndicats se réservent pour le joyeux mois d’avril : coucou, j’y suis, coucou, j’y suis plus. Deux jours de grève, trois jours de boulot. Qu’est-ce qu’on va rigoler ! Mais le grand patron Guillaume Pepy l’assure, la compagnie va mettre le paquet sur l’information des clients (on ne dit plus “usagers”). Nous saurons tous la veille au soir qui circule et comment. Et puis, pour plus de sûreté, et surtout « pour éviter de multiplier les clients mécontents lors des prochains jours de grève déjà programmés, la compagnie a suspendu la réservation de billets pour le mois d’avril ». Et ça, voyez-vous, c’est très très fort. J’ose même le dire : c’est carrément une idée de génie !

Pas de billets vendus, donc pas de mécontents ! Elle est pas belle, la vie ?

Alors, prendra, prendra pas, la grève générale ? Les médias anticipent le Grand Soir, brûlent de voir la revanche de Mélenchon, rêvent d’un grandiose cinquantenaire de Mai 68… Comme si toute la France ne vivait que de, par et pour la fonction publique, et comme si celle-ci était un monde uniforme…

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