Editoriaux - Politique - 6 avril 2019

Giscard se refuse à juger Macron : on a vu plus enthousiaste…

À moins de deux mois des élections européennes, l’interview au Parisien du plus européen de nos Présidents à la retraite n’a pas dû faire spécialement plaisir à Emmanuel Macron. Si l’ancien jeune giscardien Jean-Pierre Raffarin a franchi le Rubicon en se ralliant au Président, l’idole déchue – je veux parler de Valéry Giscard d’Estaing -, elle, n’a pas l’intention de nager le papillon dans le marigot pour faire plaisir à celui qui s’imaginait, et s’imagine peut-être encore, en Líder Máximo de l’Europe. Selon l’Ex, il manque actuellement « une grande voix ». Comme les journalistes font semblant d’être durs à la comprenette, vient donc la question inévitable : et Macron ? Réponse du vieux monarque en exil depuis 1981 : « Je ne porte aucun jugement sur lui. » Voilà, voilà.

Si Macron espérait glaner des voix en faisant le tour de l’EHPAD présidentiel à l’heure du thé dansant, tel un candidat aux cantonales, c’est raté. Entre Sarkozy, qui laisse entendre que ça va mal se terminer, Hollande, que ça a mal commencé et, maintenant, le doyen de l’hospice qui brade les rosseries qui lui restaient dans son armoire à souvenirs (l’avant-dernière datait de novembre 2018 : « Quand l’empereur est agité, le peuple est malade »), ça doit méchamment donner envie de légaliser l’euthanasie, tout ça.

Valéry Giscard d’Estaing revient, notamment, dans cette interview sur l’idée d’armée européenne lancée, il y a quelques mois, par Emmanuel Macron. Souvenons-nous, c’était à l’automne dernier : « On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne face à la Russie. » On avait eu envie de dire à Macron que son « job », pour reprendre l’expression en cour, c’était d’abord, principalement, essentiellement, protéger les Français. Ce qui est déjà un boulot à plein temps. Alors, avant de vouloir aller plus loin… À l’époque, le général de Villiers, qui s’y connaît un peu en armées et autres affaires militaires, dit-on, avait tout simplement répondu :« Impossible ! »

Et Giscard, que dit-il, aujourd’hui ? « L’Europe doit être le continent de la paix… C’est une erreur de vouloir en faire aujourd’hui le continent d’une autre guerre. » Voilà, voilà (bis). Et, histoire de renvoyer le jeune homme pressé à ses soldats de plomb : « L’idée d’une armée européenne, de type classique, n’est pas réaliste. »

Autrefois, Giscard d’Estaing voulait rassembler deux Français sur trois. Il échoua. Naguère, maints commentaires se plurent à tresser des comparaisons entre Macron et Giscard. La jeunesse, la casse apparente des codes, tout ça. En 1974, Giscard promettait « une ère nouvelle de la politique française, celle du rajeunissement et du changement de la France ». En 2017, Macron, lui, c’était « une transformation résolue et profonde, tranchant avec les années immobiles ou les années agitées », qu’il promettait. En matière d’année agitée, on a été servi. En 2017, Macron a dépassé le rêve giscardien de rassembler deux Français sur trois, même plus, mais… contre lui. Giscard est toujours là, bon pied bon œil, sans héritiers. Et, apparemment, l’hôte actuel de l’Élysée n’est pas couché sur le testament.

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