Audio - Editoriaux - Education - Entretiens - 17 juin 2019

Gilles Ardinat : « La rentrée risque d’être très difficile pour Jean-Michel Blanquer »

Une partie des enseignants se sont mis en grève en ce premier jour du bac. Pour Gilles Ardinat, professeur, cette perturbation est « extrêmement limitée » : un « véritable camouflet pour les syndicats », selon lui. Néanmoins, rien n’est gagné pour Jean-Michel Blanquer et le gouvernement…

Une partie des enseignants s’est mise en grève aujourd’hui, perturbant ainsi la surveillance du baccalauréat. Qu’en est-il, chez vous ?

Cette perturbation est extrêmement limitée. À peu près partout, le baccalauréat s’est déroulé normalement. Les élèves ont pu faire leur copie de philosophie le matin et l’épreuve de français l’après-midi. En termes de mobilisation, c’est clairement un échec et un véritable camouflet pour les syndicats.
Le bilan de cette journée démontre surtout la conscience professionnelle de la plupart des professeurs, qui n’ont pas voulu prendre le risque de pénaliser les élèves et de stresser les parents. Ils ont donc assuré assez largement les surveillances. Le déroulement de la journée est quasiment normal.

Le ministre de l’Éducation nationale redoute la mobilisation des syndicats de professeurs. Ils ont longtemps été des acteurs puissants dans la vie politique de l’Éducation nationale. Ces syndicats ont-ils accusé une perte de puissance ?

La perte de puissance est tout à fait évidente. Le mot d’ordre pour la grève d’aujourd’hui était très large, avec une intersyndicale qui contenait les principaux syndicats de gauche. Il y avait aussi les syndicats classés à droite. Malgré cette unité, le taux de grévistes est seulement autour de 5 %. C’est un taux très faible.
Cela démontre que les syndicats ne sont pas suivis et n’arrivent plus à mobiliser. Chaque grève démontre leur impuissance croissante.

En quoi le mandat d’Emmanuel Macron a-t-il perturbé cette mobilisation syndicale ?

D’une manière générale, la désaffection pour les syndicats est croissante. Le taux de travailleurs syndiqués en France ne fait que baisser. Nous sommes 11 % de travailleurs syndiqués, tous métiers confondus. En ce qui concerne la fonction publique d’État, c’est à peu près 24 %. Ce sont des chiffres en baisse.
Je crois très honnêtement que, face à cet essoufflement évident de l’arme syndicale, il faut que les questions comme celle de l’école soient réintroduites dans le débat public.
Soyons clairs, la réforme du bac que nous sommes en train de subir est largement rejetée par les professeurs. Emmanuel Macron avait annoncé un contrôle continu, la suppression de certaines filières et un examen à quatre épreuves en terminale.
Les Français doivent être vigilants lorsqu’ils mettent un bulletin de vote. Quel est le programme éducatif du candidat qu’ils vont élire ?
Macron avait annoncé la couleur…

Jean-Michel Blanquer a-t-il donc pour autant un boulevard devant lui pour faire passer toutes les réformes ?

Je serais beaucoup plus modéré et pondéré. Le fait que la journée d’aujourd’hui se soit bien passée, c’est un point positif pour Jean-Michel Blanquer. s’il y avait eu un chaos total au niveau des épreuves, il en aurait porté la responsabilité. C’est une victoire en demi-teinte.
La plupart de ces réformes restent impopulaires. Elles sont rejetées par les professeurs.
À la rentrée prochaine, lorsque la réforme du bac va se mettre en place, un désordre total régnera dans les établissements. Les élèves et les parents d’élèves pourraient se joindre à cette rogne. Ces réformes ont été faites dans la précipitation et sans concertations. Elles ne vont surtout pas apporter les réponses attendues par l’opinion publique. M. Blanquer doit faire attention ! La journée d’aujourd’hui n’est pas blanc-seing pour lui. C’est une demi-victoire. La rentrée risque d’être difficile, politiquement, pour lui et son gouvernement.

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