Audio - Editoriaux - Entretiens - 17 juin 2019

Philippe Bilger : « Cette intrusion violente au domicile d’un magistrat président de cour d’assises est plus que préoccupante »

Lundi matin, une présidente de la cour d’assises des Yvelines a été agressée à son domicile. Réaction au micro de Boulevard Voltaire du magistrat honoraire Philippe Bilger.

La présidente de la cour d’assises des Yvelines a été agressée à son domicile. D’après les premiers éléments de l’enquête, deux hommes se seraient présentés devant chez elle et lui auraient tiré dans la tête avec une arme qui s’apparente à un projectile de Flash-Ball™. Comment avez-vous réagi en entendant la nouvelle ?

Je ne connaissais pas ce magistrat, mais j’éprouve une intense émotion ainsi qu’une indignation.
J’ai cru comprendre que ses jours n’étaient pas en danger. Cette intrusion violente dans la quotidienneté d’un magistrat, présidente de la cour d’assises, qui se trouvait à son domicile est plus que préoccupante.

Est-ce un règlement de comptes ?

Je n’imagine pas que deux personnes puissent venir au domicile d’une magistrate par le plus grand des hasards. Ils étaient probablement animés par le pire des ressentiments.
Compte tenu des circonstances, je ne peux qu’émettre cette hypothèse.

Ce fait peut nous rappeler l’assassinat du juge Michel, il y vingt-cinq ans. Y a-t-il des précédents de faits divers comme celui-ci?

J’ai en tête les assassinats du juge Renaud et du juge Michel. La France n’a connu et pour le pire que ces deux assassinats. J’avais l’impression que la France était un peu épargnée sur le plan des agressions « ordinaires » en dehors des insultes, outrages et rébellions dans le cadre des audiences. Sur le plan de la quotidienneté, la France était épargnée. Il ne me semblait pas que des magistrats étaient régulièrement visés comme l’a été la présidente de la cour d’assises. C’est assez préoccupant !
J’espère que ce fait n’induit pas que la magistrature soit, elle aussi, touchée par la montée de l’irrespect, l’indifférence à l’égard des institutions et l’absence totale de retenue, comme si la magistrature allait être jetée encore plus vivement dans le climat social d’aujourd’hui.

La magistrature est-elle épargnée par les bouleversements de notre pays ?

Elle ne l’a jamais été, mais il y avait, jusqu’à présent, une sorte de retenue sociale et personnelle. Je mets encore une fois à part ces terribles assassinats. C’est comme si on quittait, par cette affaire très préoccupante, le champ de la contestation judiciaire au sein des espaces dévolus pour cela, pour une contestation qui devient tristement beaucoup plus banale et très dangereuse, au sujet des rapports du citoyen avec la Justice.
Toutes mes pensées les plus sincères et les plus chaleureuses vont vers cette magistrate.

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