Les propos de Geoffroy de Lagasnerie tenus sur France Inter ont dû faire pâlir d’envie, je n’ose pas dire du haut du Ciel, Robespierre, Staline et Pol Pot réunis.

« Je suis contre le paradigme du débat, de la discussion et je l’assume » ou encore « Je pense que nous perdons notre temps dans des chaînes d’info à débattre avec des gens inconvaincables et que nous ratifions la possibilité qu’ils fassent partie de l’espace du débat » ou, enfin, « Il faut reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public pour rétablir un espace où les oppositions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes »

Certains, sur les réseaux sociaux, semblent découvrir et y vont de leur commentaire peu amène, voire insultant : mais d’où sort « ce dingue », « ce fou », « ce clown » ? Comme si un totalitarisme dogmatique si décomplexé ne pouvait être qu’un canular, bien sûr. Sûrement un olibrius entré par effraction qui s’est installé au culot devant le micro face à une Léa Salamé et un Nicolas Demorand tellement décontenancés qu’ils n’ont pas osé le virer.

Mais ils se fourvoient. Geoffroy de Lagasnerie est l’une de nos têtes pensantes, l’un de nos mandarins. Il a son rond de serviette – en argent – sur France Culture et sur France Inter. Le site de France Inter mentionne, ainsi, que le 8 octobre 2019, « Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek [recevaient] Geoffroy de Lagasnerie, sociologue et philosophe » pour ses livres L’Art de la révolte et La Conscience politique : « Bien qu’il soit issu d’une famille catholique et cultivée de la bourgeoisie parisienne, et qu’il ait suivi des études royales, des bancs du lycée Janson-de-Sailly à l’École normale supérieure [de Cachan, NDLA], Geoffroy de Lagasnerie impose sa radicalité en s’insurgeant contre l’ordre établi, l’absence de révolte chez les gens de droite, les violences policières et sociales, le racisme et toute sorte de discrimination qui place les minorités (de genre, de classe, de sexe) comme cibles des inégalités. » Il est également invité sur Arte et Canal+ et interviewé – entre autres – par Slate et Les Inrocks.

L’an passé, il a aussi cosigné un livre avec Assa Traoré, Le Combat Adama, chez Stock, un « livre de lutte sur les violences policières », évoquant « un système d’élimination systématique des jeunes garçons noirs et arabes entre les mains de la police » : « Les gendarmes qui ont tué Adama sont des acteurs de ce système » (Le Point).

Et tandis qu’Assa Traoré portait la bonne parole anti-flics dans les lycées de banlieue, Geoffroy de Lagasnerie la distillait dans l’enseignement supérieur des beaux quartiers.

Car quand il ne se consacre pas à ses écrits – Geoffroy de Lagasnerie dirige la collection « à venir » des Éditions Fayard, où il édite ses propres bouquins, mais aussi ceux, notamment, de Judith Butler -, il enseigne ! Il enseigne, depuis 2013, la philosophie et la sociologie à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy. Il est habilité, depuis 2018, à diriger des recherches à la Sorbonne. Il anime des séminaires, toujours à la Sorbonne (un des thèmes, au hasard : « Lutter contre l’esclavage, la ségrégation, le racisme, la discrimination, les violences policières… »), mais aussi, par exemple, à Dauphine. Il donne également des conférences (Sciences Po Paris, Rennes, Bordeaux, universités Paris IV, Paris I, Lille III, ENS Ulm). La dernière a eu lieu le 30 septembre.

Mais cela, lui seul et ses amis en ont le droit. Ainsi, en 2014, a-t-il appelé à boycotter « Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois » en raison d’une conférence inaugurale confiée à… Marcel Gauchet.

Antifa de salon, il camoufle la violence de son propos dans un ton de séminariste en propédeutique et une phraséologie cuistre passablement hermétique, mais le fond, pourtant, est là… D’ailleurs, il l’affirme : « La non-violence, ça n’existe pas » (France Inter).

Geoffroy de Lagasnerie n’est ni un dingue, ni un fou, ni un clown, mais l’enseignant de vos enfants. Et c’est ça qui est dingue.

1 octobre 2020

À lire aussi

« On veut la messe ! » : pensaient-ils réellement que cette interdiction allait passer comme une lettre à la Poste ?

À Nantes, dimanche matin, puis à Versailles, dimanche soir, ils sont venus demander la mes…