Editoriaux - International - 28 avril 2019

Génocide arménien : Erdoğan s’en prend à Macron avec un argument négationniste hallucinant !

Samedi, deux jours après la première commémoration officielle par la France, à l’initiative du Président Macron, du génocide arménien de 1915, voilà que le président Erdoğan, lors d’une réunion politique à Ankara, s’en est violemment pris à son homologue français :

« Adresser un message aux 700.000 Arméniens qui vivent en France ne te sauvera pas, M. Macron. »

Plus grave, il a persisté dans le négationnisme qui est, rappelons-le, la position officielle turque, avec un argument, aussi fallacieux que monstrueux pour les victimes et la vérité historique, qui doit être cité :

Le déplacement des Arméniens n’est ni un génocide ni une grande catastrophe. Il s’agit d’un triste événement. La déportation des Arméniens était une méthode utilisée pour éviter ces grandes souffrances. En d’autres termes, c’est une Hijrah. Si nous avions eu recours à ce qui est supposé, à ce que prétendent les Arméniens, on ne pourrait pas parler de millions d’Arméniens qui vivent dans une large zone, de l’Europe à l’Amérique, de l’Afrique du Nord au Caucase ».

On admirera les euphémismes (“déplacement”), les périphrases (“ce qui est supposé”), et le négationnisme décomplexé. On sera effrayé de ce nouveau crachat cynique adressé aux Arméniens assassinés par cette assimilation de leur martyre à “une Hijrah”, c’est-à-dire la fuite de Mahomet de La Mecque à Médine en 622…

De quoi donner des idées aux négationnistes de la Shoah : s’il y a des millions d’Israéliens et de juifs aux États-Unis et ailleurs, c’est qu’il n’y a pas eu de génocide…

Cela fait froid dans le dos. Erdoğan fait froid dans le dos. Et aussi tous ceux qui pensent comme lui, en Turquie, et ailleurs, notamment dans le monde arabe.

Fait aussi froid dans le dos l’idée que ce chef d’État négationniste et son pays ne font l’objet d’aucune condamnation de l’ONU, qu’un mensonge historique de cette énormité et de cette gravité peut être proféré sans conséquence diplomatique, plus de cent ans après le génocide.

Froid dans le dos, aussi, l’idée que les États-Unis et l’Union européenne, depuis trente ans, pour des considérations géostratégiques et idéologiques, œuvrent pour l’intégration de la Turquie dans l’Europe en mettant sous le boisseau la question du génocide, toujours pas reconnu par la Turquie.

Philippe de Villiers parlait du « fil du mensonge » pour certains aspects de la construction européenne. Il y a aussi celui de cette trop lente reconnaissance du génocide arménien par l’Occident et les pays européens, pourtant très bien documenté dès les années 1920, et cette coupable indulgence envers les dirigeants turcs et leur « mensonge ».

Édouard Philippe disait, il y a deux jours, lors de la commémoration, que la France ne se laisserait « impressionner par aucun mensonge ».

Ce timide courage est bien tardif et n’exonère pas nos dirigeants, ceux d’hier et d’aujourd’hui, d’avoir très longtemps eu des accommodements déraisonnables avec le mensonge turc.

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