Editoriaux - Histoire - International - 28 avril 2019

1949-2019 : quel bilan pour l’OTAN ?

Le cas Kosovo

« Nous vous aiderons dans cette guerre sainte contre le peuple mécréant de Russie », lançait le président américain Carter aux moudjahidines afghans et pakistanais. À cette époque, l’Amérique s’appuie sur le fondamentalisme musulman pour contrer les Russes en armant et finançant les militants du djihad dont fait alors partie un certain Oussama ben Laden. Une fois le bloc soviétique anéanti, il n’aura fallu que quelques années pour que les USA décident d’intervenir en Afghanistan afin de chasser leurs anciens alliés, soudainement devenus infréquentables.

Étrange façon de faire qui se révélera être la marque de fabrique de l’OTAN. Créée en 1949, cette dernière a pour vocation la mise en place d’une politique de sécurité et de défense commune. Mais dans les faits, cet organisme semble œuvrer uniquement pour les intérêts économiques et stratégiques de quelques grandes nations, et plus spécialement ceux des États-Unis. L’OTAN a ce génie de combattre pour la paix et la souveraineté des peuples en créant plus de guerres et de désordres.

L’actualité est là pour nous le rappeler. Alors que le Kosovo fête les vingt ans de son indépendance, Pristina et Belgrade ont récemment rouvert le dialogue afin de trouver une solution à ce conflit qui somnole depuis la fin de la guerre, ne cachant pas qu’un redécoupage des frontières serait envisageable. En 1999, l’OTAN lançait pour la première fois une offensive contre un pays souverain qui ne menaçait ni ses voisins ni aucun de ses membres. L’opération Force alliée fut décidée sans mandat des Nations unies et la Serbie fut bombardée durant 78 jours, causant de nombreuses pertes civiles et militaires. Afin de légitimer leurs actions, les Occidentaux n’hésitèrent pas à mettre en avant de fausses informations relayées par de nombreux médias.

Mission réussie pour l’OTAN. Le Kosovo et l’Albanie, qui lui doivent beaucoup, deviennent des alliés sûrs des USA dans les Balkans, permettant l’implantation stratégique américaine dans la région (base Bondsteel) et contribuant à verrouiller une Serbie jugée proche des intérêts russes.

J’ai pu me rendre à plusieurs reprises dans cette région des Balkans et force est de constater que les résultats sont catastrophiques. J’ai d’abord réalisé à quel point les frontières de ce pays n’ont aucun sens. Lorsque j’interrogeais les habitants, ils étaient soit albanais et musulmans, soit serbes et orthodoxes, mais aucun ne me répondait qu’il se considérait comme Kosovar. C’est un peuple qui n’existe pas, ce qui explique l’impossibilité pour ces deux ethnies de se réunir sous une même bannière. La création du Kosovo a enfermé dans un même territoire des peuples qui ne désirent pas s’entendre, de la même façon que, selon Pascal Chaigneau, « la décolonisation a fabriqué des États sans générer des nations, condamnant des populations diverses à vivre dans des frontières trop souvent artificielles ».

Je me souviens de la ville de Mitrovica où les Serbes, au nord, et les Albanais, au sud, s’ignorent depuis vingt ans, chacun de son côté du pont. Tous les habitants que j’ai pu interroger déploraient la situation économique de leur pays et le peu de solutions qui s’offrent à eux. En effet, l’économie du Kosovo n’a jamais décollé, le PIB par habitant reste largement le plus faible de la région et le chômage touche 31 % de la population. Triste bilan. Le pays est une plaque tournante du trafic de drogue vers les pays d’Europe de l’Ouest ainsi que de l’islam radical, les instances gouvernementales et judiciaires sont corrompues et la sécurité presque absente. Au printemps 2017, ils étaient des dizaines de milliers à fuir la misère. Une fuite aux solutions réduites du fait de la faible reconnaissance internationale.

Ainsi, on peut dire que le Kosovo est un État failli, un véritable échec du processus de « state-building » qui nuit à toute la région et ses habitants, ce qui n’est pas près de s’arranger.

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