Au lendemain du second tour des élections départementales et régionales, le maire de Béziers revient sur  ce « vrai rejet des partis politiques ». Concernant les mauvais scores du Rassemblement national, Robert Ménard pense que l’abstention n’est pas la seule explication à chercher.

 

 

 

Le second tour des élections régionales et départementales a eu lieu hier. L’abstention a progressé dans certaines régions. Est-ce préoccupant ?

 

C’est plus que préoccupant, c’est un poison pour la démocratie. Je parie que l’ensemble de la classe politique l’aura oublié dans trois semaines et on repartira comme si de rien n’était. Il y a un désaveu, une scission, un apartheid qui s’est mis en place entre la classe politico médiatique et les petites gens. On n’arrive pas à combler ce gouffre qui touche tous les partis. On pouvait espérer que le Rassemblement national était à l’abri de cette critique de tous les partis parce qu’il n’a pas été au pouvoir. Il y a un vrai rejet des partis politiques.

16 % des Français font confiance aux partis politiques. Derrière un certain nombre d’autres raisons comme le Covid, il y a aussi le désaveu profond d’une classe politique.

 

Le Rassemblement national espérait beaucoup mieux de ces élections. Ce parti compte surtout sur le vote des abstentionnistes et des contestataires. Les abstentionnistes, les contestataires, les anti système n’ont pas trouvé dans le Rassemblement national, un moyen de l’exprimer dans les urnes.

Il y a plusieurs points dans votre question. L’abstention frappe particulièrement son électorat et en particulier les classes populaires. Que l’on puisse réduire les mauvais scores du Rassemblement national à l’abstention et s’en prendre aux abstentionnistes pour expliquer une faiblesse terrible au second tour encore pire que le premier, je crois qu’il y a d’autres explications. Il y a aussi un problème d’identification, d’incarnation des idées du Rassemblement national. Les gens sont prêts à voter pour des idées, mais ils votent aussi pour les gens qui portent les idées. Le manque de cadre et de leaders du Rassemblement national est un vrai problème. Certaines personnes ont du talent, mais pour emporter l’adhésion, il faut avoir une capacité à dire un certain nombre d’idées que les candidats nationaux n’ont pas, n’ont plus ou n’ont jamais eues.

 

Marine Le Pen ne s’exprimera pas dans les médias jusqu’au congrès de Perpignan parce qu’elle est sous le feu des critiques. Les partisans de la candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle masquaient difficilement le fait qu’ils se frottaient les mains suite à ce résultat.

Marine Le Pen est-elle la bonne candidate ? Est-ce qu’une candidature alternative doit émerger ?

Je ne me frotte pas les mains des déboires du Rassemblement national. Cette droite nationale est mangée de l’intérieur par les rivalités, les guerres d’égo, les histoires d’il y a quarante ans et les rancunes. Je suis étranger à toutes ces histoires-là et j’ai la ferme intention de rester à distance de cela.

Je pense que Marine Le Pen a mis en œuvre une certaine normalisation qui me semble aller dans le bon sens. Normalisation ne veut pas dire alignement sur le reste de la droite. Cela veut dire essayer de répondre à cette interrogation terrible dont personne n’est capable d’y répondre. Comment se fait-il que les idées que l’on défend trouvent souvent un écho majoritaire en France, alors qu’en même temps le reste des partis appelle à un front républicain, les gens répondent à ce front républicain ? On continue à faire peur à une partie de la population. Pardon de le dire, ce ne serait pas une candidature encore plus clivante que celle de Marine Le Pen, bien plus à droite et bien plus radicale, qui va répondre à cette interrogation-là et qui va permettre de gagner l’élection. Je rappelle que gagner l’élection n’est pas se faire plaisir en allant toujours plus loin dans la radicalité. Gagner une élection c’est réunir une majorité des Français et réussir une alchimie entre le vote populaire qui dépasse le vote de droite et un vote conservatoire plus libéral économiquement. Monsieur Sarkozy l’avait fait en 2007.

Sommes-nous capables de le faire ? Y a-t-il quelqu’un d’autre que Marine Le Pen ?

Les sondages sont cuisants pour les autres candidats qui penseraient s’imposer.

 

La question ne se pose pas. Vous soutenez Marine Le Pen en 2022.

Cela fait quatre ans que j’essaie de trouver une alternative. Cette alternative n’est pas là. Je vous rappelle que l’on vote dans moins d’un an et je ne veux pas faire le lit de monsieur Macron.

28 juin 2021

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