Editoriaux - Politique - 13 mars 2019

François-Xavier Bellamy : philosophe dans un monde de brutes ?

C’est plus qu’un frémissement mais pas encore une nette avancée. Il n’empêche que la liste LR pour les élections européennes serait passée de 10 à 14 % et que François-Xavier Bellamy, qui la dirige, est en train de déjouer les pronostics pessimistes à son sujet, qu’ils émanent de ses adversaires, ce qui est normal, ou de ceux, dans son camp, qui auraient bien voulu occuper sa place ou rêvaient de quelqu’un d’autre.

Moi-même, pour avoir eu un entretien avec lui sur Sud Radio et des échanges à “L’Heure des pros” autour de son livre Demeure, après avoir lu par ailleurs plusieurs de ses interventions écrites, j’avais pu me former de lui une image que j’estimais exacte. Une extrême intelligence, une grande maîtrise du langage, une sérénité convaincante dans l’argumentation, le refus de toute surenchère.

Mais on avait le droit de douter.

Cet homme jeune, fin, délicat, sachant ce qu’il vaut, apparemment tranquille, conservateur de bon aloi, s’efforçant de distinguer ses convictions intimes du projet collectif qu’il porte – sur ce plan, honteuse attaque du ministre Agnès Buzyn contre lui -, ayant une passion pour la philosophie et sa transmission au cours de soirées où il révélait un talent certain, malheureux dans une première expérience politique, cette personnalité à la fois classique et singulière était-elle celle qu’il fallait pour les joutes à affronter ? Interrogation d’autant plus légitime qu’elle concernait un parti dont la progression était rien moins qu’évidente.

Dans notre histoire politique nous avions déjà connu, parfois à un très haut niveau, des parcours où un intellectuel, un professeur, un penseur avait décidé de s’engager dans la lutte partisane. La synthèse ne s’était pas toujours accomplie parfaitement et l’une ou l’autre des fonctions prenait le dessus. En ce sens, et avec le risque d’une plénitude imparfaite, on pouvait craindre que, chez François-Xavier Bellamy, le philosophe empiète trop sur la tête de liste et fasse perdre à cette dernière sa pugnacité argumentative ou que le partisan soit si présent et dominateur que le penseur et l’essayiste tournent court !

Pourtant, jusqu’à maintenant, François-Xavier Bellamy semble avoir trouvé le ton juste et il n’a rien abandonné de ce qui faisait sa force hier et de ce qui, aujourd’hui, est attendu de lui.

En tout cas, on ne le traite plus avec cette légère condescendance qu’on éprouve parfois à l’égard de quelqu’un qui vous dépasse mais ne maîtriserait pas les bons codes et aurait donc besoin de tuteurs faussement bienveillants.

L’ingénu prétendu n’a besoin de personne et, paradoxalement, sa mesure et sa tenue, son absence de vulgarité, son élévation aussi engagée qu’elle soit séduisent au lieu de déplaire. Il faut croire que l’allure intellectuelle et du comportement est une idée neuve, en France ! Un signe trop peu relevé : cette UDI qui va soutenir la liste LR précisément parce que François-Xavier Bellamy comble son souhait de qualité de la réflexion et de confrontation courtoise.

Va-t-elle continuer à monter, cette liste, va-t-elle continuer à surprendre, cette tête de liste ? On ne peut pas le présumer, mais il est sûr que les débuts de l’une et de l’autre sont plus qu’encourageants.

Cette troisième voie, que devrait emprunter l’Europe, est-elle authentique et opératoire ou seulement inventée pour les besoins de cette cause : se distinguer autant du président de la République et de sa vision utopique que du Rassemblement national et de son rejet. Car, pour le premier, ce serait l’Europe sans la France et, pour le second, la France sans l’Europe, selon un raccourci sommaire et percutant de LR.

François-Xavier Bellamy : un peu de douceur dans un monde de brutes.

Mais il n’a pas encore vraiment rencontré les brutes.

Extrait de : Justice au Singulier

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