François Ruffin veut stopper l’immigration de travail : hurlements, à gauche

L’ancien LFIste critique l’immigrationnisme professionnel d’Emmanuel Macron et annonce sa candidature présidentielle en 2027.
Capture d'écran France 2.
Capture d'écran France 2.

« Je suis hostile à l'immigration pour le travail », lâche soudain François Ruffin, faisant allusion aux déclarations d’Emmanuel Macron sur les médecins étrangers et les « mabouls ». « Je ne veux pas que ce qu'on a fait hier sur l'industrie […] on le refasse sur les services. »


Et à peine a-t-il largué sa bombe dans Les 4 vérités de Télématin (France 2), en ce 28 avril, que l’ancien LFIste s’est empressé de transformer l’essai sur son compte X : « L'hôpital repose aujourd'hui sur deux catégories exploitées : les jeunes internes […] et les médecins étrangers [mais] on ne devrait pas chercher des soignants en Algérie, en Tunisie, en Roumanie [on] doit former nos propres docteurs. » Et il enfonce alors le clou : « Je refuse une immigration de travail, organisée par le gouvernement ou le patronat, sur les services, comme ils l'ont fait après-guerre pour les mines ou l'industrie, avec des immigrés qui ont largement reconstruit le pays », en profitant pour annoncer sa candidature présidentielle en 2027.

Bon sens et communication

Beaucoup de communication pour un lancement de campagne, en vérité, car l’affaire n’a pas tardé à faire réagir. Flairant la belle polémique, Sud Radio fait défiler deux contradicteurs attendus, côté libéral-immigrationniste. Délégué général du GNI Paris Île de France (Groupement national des indépendants de l'hôtellerie & de la restauration) et conseiller de l’Élysée, Franck Trouet sonne la charge : « Il faut arrêter la caricature... Nous ne pouvons pas travailler sans travailleurs étrangers dans la restauration ou l'hôtellerie ! » « Si on arrête cette immigration choisie, nos entreprises ne tiennent plus ! », déclare, de son côté, Loïc Gobé, président de la Fédération des entreprises de services à la personne.

Mais c’est à gauche que le missile Ruffin fait le plus mal. Pour Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris, « opposer travailleurs français et étrangers est dangereux ». Pour elle, « le vrai problème, c’est l’exploitation des travailleurs et la xénophobie. L’immigration est une chance : celles et ceux qui étudient, travaillent ou viendront ici sont les bienvenus. Ne perdons pas nos repères », lance-t-elle à François Ruffin. « Je n’ai jamais pensé, souhaité ni même imaginé voter pour Monsieur François Ruffin à l’élection présidentielle. Sa prise de position le confirme », se gausse, de son côté, le sénateur socialiste du Val-d’Oise Rachid Temal.

Un facho qui s’ignore

Comme prévu, les contrefeux les plus hargneux viennent de LFI. À gauche, bien plus qu’ailleurs, on ne pardonne pas aux « traîtres » comme François Ruffin. Jérôme Legavre, député LFI de Seine-Saint-Denis, se charge de le lui rappeler : « En 2024, Ruffin a fait campagne en se désolidarisant de Mélenchon qu’il qualifiait de "boulet". Aujourd’hui, il oppose (tout en s’en défendan,t bien sûr…) les Français et les étrangers. Refrain de plus en plus en vogue, malheureusement. Il y a une logique à tout cela : toujours et sur tous les sujets, aller dans le sens du vent. Il finira mal… », conclut-il, imaginant déjà son ancien camarade en ministre d’un gouvernement RN… La pasionaria LFIste Ersilia Soudais (députée de Seine-et-Marne) instruit elle aussi le procès de Moscou en diabolisation fasciste : « Renforcer les mesures contre les travailleurs immigrés, cela s'appelle reprendre les vieilles recettes de l'extrême droite », accuse-t-elle. Mais elle ajoute que plutôt que de « diviser les travailleurs selon leur origine, il faut lutter contre le capitalisme qui les exploite tous », laissant entendre que s’il est un traître au parti, l’ex-camarade Ruffin est aussi un apostat, idéologiquement déviant, et, de fait, excommunié.

La sentence est confirmée par le pape du trotskisme journalistique, son éminence Edwy Plenel, qui part à l’assaut, marteau dans une main, faucille dans l’autre. « Hostile à l’immigration de travail, pas de médecins algériens, tunisiens ou roumains ni de main-d’œuvre subsaharienne : François Ruffin s'égare en terres xénophobes. Et fait preuve d'une grande ignorance », constate-t-il. Et « il devrait lire François Héran » (figure de la sociologie immigrationniste), conseille-t-il, enfin, au « social traître » du moment.

François Ruffin fait finalement preuve de simple bon sens en estimant qu’il faut défendre les travailleurs en France, menacés par le chantage au moins-disant salarial volontairement mis en place par les immigrationnistes. Rien que pour cela, il mérite la mort politique. Et pour le clan mélenchoniste, il la mérite à l’évidence une deuxième fois pour avoir quitté la secte insoumise et prétendre en concurrencer le grand maître, l’an prochain. Mais le double coupable d’office du moment, qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait tenu à peu près le même discours en 2023, s’opposant déjà à « l'insaturation de nouvelles filières d'immigration pour nourrir le travail », est un affreux récidiviste.

« Moi, les dingues, j’les soigne »

Edwy Plenel a raison, ô combien, lorsqu’il reproche à François Ruffin de se tromper de lectures. Car les livres de chevet de ce dernier ne sont pas ceux de François Héran mais plutôt les recueils des discours de Jean Jaurès, comme celui qu’il prononça à la Chambre le 17 février 1894. Le grand ancêtre y protestait, sous les sifflets de la gauche bourgeoise, « contre l’invasion des ouvriers étrangers qui viennent travailler au rabais ». Se défendant, en bon internationaliste, de chercher à « éveiller, entre les travailleurs manuels des différents pays, les animosités d’un chauvinisme jaloux », il ajoutait cependant que ce qu’il ne voulait pas, « c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas ».

François Ruffin ne dit pas autre chose, et avant lui le stalinien Georges Marchais, bête noire des trotskistes dans les années 1970-80. Successeur actuel de l’ancien secrétaire général du PCF, Fabien Roussel est aujourd’hui peu ou prou sur la même ligne. Ruffin-Roussel ? N’est-ce pas là, François Hollande et Raphaël Glucksmann lorgnant vers le centre, le seul tandem aujourd’hui capable de disputer à LFI son hégémonie à gauche ?

Alors, tel Raoul Blier-Volfoni dans Les Tontons flingueurs, il est en effet temps, pour le clan Mélenchon, de déclarer ouverte la chasse au Ruffin : « Moi, les dingues, j’les soigne, j’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère. J’vais lui montrer qui c’est, Raoul. Aux quatre coins d’Paris, qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle... Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile. » La campagne présidentielle s’annonce déjà palpitante…

Vos commentaires

89 commentaires

  1. Si François Ruffin tient cette position, c’est avant tout pour s’assurer de conserver son siège de député. Chacun fera l’analyse sociologique de sa circonscription s’il le veut pour comprendre qu’il n’a pas dit ça par hasard. Il va certainement gagner la sympathie d’une partie des électeurs du RN, il est loin d’être impopulaire chez les classes modestes et moyennes qui ne votent pas à gauche, je m’en aperçois assez en discutant avec eux. Sa démarche on la connaît, il espère faire l’union de toutes les classes populaires, des villages et des banlieues. Mais sa stratégie ne fonctionnera pas. Car la fracture est telle que ces deux France ne sont pas rassemblables. Et il se fera torpiller par la gauche Mélenchon qui saura garder son électorat woke et islamique. Il ne pourra pas faire du Le Pen à la place de Le Pen, les gardiens de la gauche vont l’exclure et il est trop marxiste pour que les électeurs RN plus conservateurs de mettent à voter pour lui. S’il vous faut un exemple pour montrer que la ligne Ruffin n’a aucun avenir, analysez la trajectoire de Sahra Wagenknecht en Allemagne. Elle a voulu se démarquer de Die Linke en adoptant une ligne marxiste anti-immigration, malgré un démarrage intéressant, elle ne capte finalement que très peu d’électeurs de Die Linke et de l’AFD.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Les meurtriers de Quentin Deranque sont désignés comme des camarades
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois