François Hollande, ancien président de la République, a publié trop vite un livre intitulé Les Leçons du pouvoir.

Il est long, si long.

Je ne suis pas étonné qu’il se vende bien et j’ai la certitude que la cause essentielle de ce succès tient aux passages consacrés à Emmanuel Macron.

Je dois être l’un des rares ayant lu intégralement cet ouvrage parce que, comme dans un film sans rythme, il y a des tunnels et des remplissages pour faire « sérieux » et « de poids ». Le nombre conséquent de pages a visé, par l’écrit, à donner à son quinquennat une ampleur et une consistance que, de fait, il n’a jamais eues.

On ne peut pas dénier à une vive intelligence dont on a le droit de regretter qu’en l’occurrence, elle lui ait surtout servi à masquer, à éluder, à ne pas répondre et à s’autocongratuler.

Dans son livre, on peut distinguer trois parties.

La première, interminable, vise à un inventaire (un zeste ennuyeux) ne vous faisant grâce d’aucune des péripéties politiques et actions de son quinquennat. L’autosatisfaction dans laquelle il baigne lui enlève beaucoup d’intérêt.

La deuxième, sur laquelle je reviendrai, traite d’Emmanuel Macron, de ses manœuvres, de sa stratégie, de sa tactique et de sa victoire, avec le constat que François Hollande, qui avait la réputation d’être clairvoyant en politique, a été complètement berné et qu’il n’a pas eu la modestie de l’admettre.

La dernière nous offre une multitude de considérations sur d’aujourd’hui, ses dangers et ses défis, sur le risque du populisme, sur le caractère toujours irremplaçable de la -démocratie, sur les bienfaits de l’égalité et, en définitive, de la gestion à la Hollande qu’on ne lui a pas permis de mener à son terme.

Des poncifs avec lesquels, même avec un antagonisme idéologique, il est difficile de ne pas être en accord tant ils sont vagues, globalement généreux et si pleins de cet humanisme « correct » qui a pour vocation de se substituer à l’action.

Il faut lui reconnaître du talent et une vraie qualité de narration et d’exposition quand, à un certain moment, il ne peut plus laisser entre parenthèses le destin d’Emmanuel Macron. Deux éléments éclatants apparaissent à la suite de cette relation qui probablement est la cause essentielle, voire exclusive, de la curiosité que suscite son ouvrage.

À la fois François Hollande énonce qu’« il fait confiance » et qu’il n’a pas été « naïf », ce qui semble contradictoire, tant les données factuelles qu’il offre lui-même, ses interrogations et les répliques vagues d’Emmanuel Macron manifestent sans équivoque que l’ancien Président n’a rien senti venir, sauf sur le tard. Donc, il a été « naïf » et sa « confiance » a été, à l’évidence, mal placée. Il semble, d’ailleurs, le concéder puisqu’en définitive, le reproche fondamental qu’il adresse à Emmanuel Macron est d’avoir avancé masqué. Il ne se pardonne pas d’avoir permis l’édification d’une destinée qui a eu pour finalité de se dégager de la sienne.

J’avoue m’être trompé dans mon livre où je fais monologuer Emmanuel Macron, en n’ayant pas prêté d’emblée à ce dernier un dessein mûrement organisé, une constance entêtée et exclusive en vue de sa victoire présidentielle.

En effet, François Hollande – sur ce plan, très crédible – tend à démontrer le contraire, tant chacune des séquences, équivoques pour le Président, étaient pourtant parcourues par le fil directeur d’une trajectoire certaine d’aller au bout et désireuse de tout mettre au service de cette ambition, même du flou le plus longtemps possible.

Ce qui m’a profondément désolé est son incapacité absolue à se mettre en cause, à accepter une part importante de responsabilité dans ce qui a affecté pour le pire sa conduite des affaires nationales et internationales.

Juste un petit mot sur le vaudeville Leonarda, où sa présidence s’est ridiculisée, et une repentance, à mon sens inutile, sur la déchéance de nationalité où son dessein premier était le bon.

Trop peu sur le Feydeau présidentiel – avec et Julie Gayet -, trop peu sur sa gabegie médiatique.

Je pourrais sans doute continuer sur ce registre, mais il me semblerait indécent de poursuivre ces procès à l’égard d’un homme qui, pourtant, n’a de loin pas abandonné toute ambition politique.

3 mai 2018

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