Avec le second confinement, on assiste à une grande confusion dans la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement : beaucoup de contradictions et de volte-face dans les annonces et les mesures prises qui déroutent les Français.

Analyse de François Bert au micro de Boulevard Voltaire.

Le gouvernement est à l’épreuve du discernement, de la stratégie et à l’épreuve du courage politique. C’est tout ce que demanderait cette crise sanitaire. Or, on est face à un gouvernement incapable de prendre des mesures. Soit pour un vrai confinement, soit pour une autre stratégie éventuelle de lutte contre le Covid-19. Résultat : seuls les commerces dits non essentiels sont fermés. On a l’impression que nous sommes en train de vivre un confinement pour rien puisque, hormis les bars et les restaurants, tout est plus ou moins ouvert et les Français restent dans la rue. Concrètement, que se passe-t-il ?

Le gouvernement est dans l’incapacité de voir les priorités. Il n’y a pas que le Covid-19, dans la vie. Les gens sentent bien qu’il y a un danger beaucoup plus important que ceux sur lesquels on l’amène. Il y a une sorte de réaction instinctive de gens qui, au départ, se sont montrés disciplinés pour respecter ce que le gouvernement avait demandé. Mais maintenant, ils s’aperçoivent qu’il y a une crise économique sans précédent et qu’il y a des dimensions sécuritaires qui les atteignent de plus en plus près.
D’une part, les gens commencent petit à petit à se déharnacher d’un certain sens des responsabilités parce qu’ils s’aperçoivent que le gouvernement ne fait pas son boulot.
D’autre part, n’ayant pas fait le discernement de l’essentiel, le gouvernement se focalise sur ce sujet de Covid-19. Bientôt, on va demander aux femmes enceintes d’avaler un masque pour que leur fœtus puisse le mettre ! Ils perdent toute crédibilité dans toutes ces contradictions, notamment celle du masque à l’intérieur de la famille, du tri entre les livres et pas les livres, puis entre la FNAC et pas la FNAC, etc.

Ces problématiques-là se jouent-elles au niveau d’un système politique ou plutôt au niveau des personnes ?

Notre système politique est, depuis très longtemps, beaucoup trop dépendant du rythme médiatique. Le rythme de l’action n’est pas le rythme des médias mais celui de l’émotion. Dès le départ, par volonté de plaire sans cesse et de vouloir maintenir son image à flot, il y a une incapacité à prendre un pas de recul, pour prendre la mesure des événements. Le discernement, c’est l’écoute en profondeur de ce qui se trame au-delà de l’écume des informations et des émotions.
Ce travail n’est pas fait structurellement.
De plus, autour de la personnalité d’Emmanuel Macron et de son entourage, il y a un problème d’immaturité assez forte et une obsession de l’image. C’est comme si on avait parfois l’impression, parce qu’à un moment donné l’action pouvait être prise en défaut, au lieu d’acter l’erreur, à un entêtement quasi enfantin à vouloir faire la preuve que l’on maîtrise. Tout le monde sait que ça peut être compliqué, mais il faut se repositionner.
Pour une comparaison militaire, c’est comme un combat. Il peut y avoir des morts et des erreurs de départ. L’art d’un chef n’est pas de revenir indéfiniment sur cette escarmouche manquée mais de se repositionner sur le centre de gravité de l’action.

Vous parliez d’un déharnachement des Français vis-à-vis de ces contraintes. On a l’impression que les Français sont plutôt bonne pâte. On leur impose des confinements et des règles perçues comme n’étant pas vraiment cohérentes et on a l’impression qu’ils respectent très bien les mesures de confinement. Ces bons citoyens français ont l’air plutôt docile…

Il y a un décalage entre deux types de population, en France. Ceux qui portent le masque de plus en plus et ceux qui ne le portent presque pas depuis le départ. Je pense qu’aujourd’hui, ce peuple a supporté beaucoup de choses. On est vraiment dans une atmosphère de 89. Trop, c’est trop !
À chaque fois, les gens se sont débrouillés et se sont dit « C’est de plus en plus écrasant, je vais trouver des solutions ». Il y a eu un an de gilets jaunes face auxquels le gouvernement a fait majoritairement la sourde oreille. D’un seul coup, il se met à réécouter quand certains sont plus forts dans le cri médiatique. Il se laisse facilement disperser par toutes les diversités.
Face à l’incertitude, il y a eu un mouvement collectif qui a dit « On va essayer, il y a peut-être quelque chose de grave ». Lorsqu’il y a, d’une part, l’excès de charge et, d’autre part, le grand n’importe quoi de l’intermède de l’été où rien n’a été préparé, d’un coup, on se ressaisit et on veut faire un système de rattrapage. Je rappelle que le Covid-19 a fait entre 35.000 et 36.000 morts. C’est-à-dire autant de morts que le diabète par an. Il faut quand même le mesurer par rapport à 68 millions de personnes. Quand on touche à du vital, quand les gens sentent qu’ils vont faire faillite, on risque d’arriver à un moment où les citoyens vont se prendre en main par eux-mêmes.

6 novembre 2020

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