[Reportage] Fêtes de Pâques : ce que vivent les chrétiens de Terre sainte

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À l'occasion des fêtes de Pâques, BV a souhaité savoir quelles sont les conditions dans lesquelles vivent ces chrétiens sur ces territoires déchirés par le conflit israélo-palestinien. Claire Safar, que nous avions interrogée à Noël, et Agnès et Jean; qui vivent leur retraite comme chrétiens au milieu du peuple juif à Jérusalem, ont accepté de nous confier leurs témoignages.

Claire Safar est française, mariée à un chrétien de Jérusalem. Avec son époux, avant le 7 octobre, elle codirigeait une agence de pèlerinage, Terra Dei. Installée depuis de nombreuses années en Israël, à quelques kilomètres de la frontière avec les territoires palestiniens, elle nous témoigne que, depuis quelques semaines, la situation a légèrement évolué et les déplacements - impossibles dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre - sont redevenus possibles : « La vie a repris son cours avec une présence militaire renforcée. Depuis un mois, nous pouvons même retourner dans notre paroisse à Bet Jala, puisque les barrières ont été retirées. » Mais pour cette mère de famille de six enfants, « le climat de tension est palpable bien plus qu'avant. Les communautés ne se mélangent plus, on a du mal à imaginer comment on pourra revenir en arrière. Tout le monde voit l'autre comme un ennemi potentiel. On ne marche pas un mètre dans la ville de Jérusalem sans être entourés de gens armés. »

Depuis le 7 octobre, bouleversement sécuritaire et crise économique

Là-bas, le bouleversement n'est pas que sécuritaire. Sur un territoire où le tourisme est au point mort, la crise économique frappe de plein fouet les chrétiens qui étaient avant si nombreux à en vivre. Un secteur déjà durement touché pas la crise Covid. Les situations ne sont pas exactement les mêmes pour tous, selon l'endroit où les chrétiens vivent car, nous dit Claire, « si certains mettent des heures à aller travailler, d'autres ont perdu leur travail (ceux de Bethléem, notamment), tandis que ceux de Gaza ont faim ». Elle évoque cet « épuisement psychologique » dont chacun est victime. Un calvaire, pour Claire, qui « entend tous les jours les bombardements de Gaza » au point de « ne pas voir plus loin que les prochaines 24 heures »...

« À Gaza, c'est la foi qui les fait vivre»

Jean et Agnès sont des « chrétiens engagés » qui ont choisi de faire don de leur vie, à l'âge de la retraite, en s'installant au sein de la communauté chrétienne de Jérusalem. Ils habitent en plein centre de la ville, dans le quartier juif, à 100 mètres du quartier arabe. Ces parents de cinq enfants et grands-parents de seize petits-enfants partagent à BV les quelques nouvelles qui percent des chrétiens de Gaza : « C’est tout un petit quartier chrétien dont les membres sont aussi très proches de la paroisse orthodoxe locale. Ils sont actuellement moins de mille, tous rassemblés dans la paroisse de la Sainte Famille. Quelques échos nous parviennent au sujet de leurs conditions de vie absolument terribles, mais ces chrétiens se maintiennent grâce à une foi extraordinaire, ils sont de vrais témoins qui tiennent grâce à la messe, l’adoration, le chapelet ; c’est la foi qui les fait vivre. Là-bas survivent aussi les sœurs de mère Teresa et la communauté du Rosaire. »

« L'unité de l'Église est très difficile, dans ces territoires »

Agnès nous fait toucher du doigt « le drame » qui se joue au sein de cette communauté chrétienne dans laquelle les chrétiens arabes sont écartelés entre leurs deux identités, arabe et chrétienne : « Ici, les chrétiens sont des Arabes d’Israël ou de Palestine. Hélas, la politique et le côté identitaire prennent le pas sur l’appartenance religieuse, au point que dans certaines églises orientales, on ne lit même pas l’Ancien Testament qui parle du peuple hébreux et du peuple juif. Il y a des mots qu'on ne peut pas prononcer dans certains coins et églises arabes... Ces divisions qui fracturent l'Église ressortent à chaque nouveau conflit comme celui-là car beaucoup sont du côté pro-Palestine avant d’être chrétiens. Même si tous ne sont pas comme ça, c’est hélas très dur. »

« On a entendu des chrétiens arabes nous dire qu’ils étaient heureux de ce que le Hamas a fait car cela a permis de faire bouger les choses. C’est terrible à entendre... »

Une version que ne partage pas Claire à 100 % : « Nous ne vivons pas les mêmes choses, c'est normal. Dans notre paroisse à Bet Jala, pas une seule fois en quinze ans nous avons entendu de critiques à l'égard d'Israël. Les prêtres qui se succèdent appellent à prier pour chacun quel qu'il soit. »

Lors de la procession de ce dimanche des Rameaux, un premier pas franchi vers l'unité des chrétiens

Pourtant, en ce dimanche des Rameaux, une sorte de petit miracle a eu lieu, qui pourrait signer le début de la réconciliation des chrétiens en Terre sainte, témoigne Agnès : « Dans la procession des Rameaux au mont des Oliviers, il y avait beaucoup de drapeaux palestiniens. Au début, le patriarche a demandé que, cette année, il n’y ait pas de drapeaux. "Notre seul étendard, c’est la croix du Christ", ne cesse-t-il de proclamer. Or, il s’est passé une chose extraordinaire porteuse d’espérance : des jeunes ont défait leurs drapeaux et retiré les tissus pour faire des croix avec le bois de leurs drapeaux. Voir des croix s’élever à la place des drapeaux : vous n’imaginez pas quelle victoire cela représente pour le pays, c’est un symbole extraordinaire. Car le drame dans l’Église, ici, c’est ce côté identitaire, politique qui ressort de partout. Et le choix du seul étendard, la croix du Christ, serait extraordinaire comme débouché de cette guerre, c'est notre espoir. » Claire était, elle aussi, au mont des Oliviers. Elle s'est dit « émue aux larmes par la procession » et a noté que cette année, « les scouts n'y ont pas joué de cornemuse ; l'ambiance était à la prière... avec tous les absents ».

Des offices de la Semaine sainte maintenus

Les offices de la Semaine sainte ne sont pas pour autant bouleversés par le conflit. Si Claire, pourtant, nous fait remarquer qu'à la marche des Rameaux, « les chrétiens de Bethléem et de tous les territoires n'ont pas eu le permis pour se rendre à Jérusalem », Agnès, qui s'est rendue à Gethsémani pour l'office du Jeudi saint, nous explique : « Bien sûr, il y aura moins de monde puisque les pèlerins sont absents. Mais les chrétiens de Terre sainte, qui vivent dans leur chair de façon infiniment intense ce Triduum sacré s'abandonneront tout particulièrement à la volonté du Christ, cette année. »

Jeudi Saint Gethsémani

Claire et sa famille qui vit cette Semaine sainte si particulière « dans sa chair, de façon infiniment intense - le passage de la croix est une nécessité pour arriver à la Résurrection », se rendra, le jour de Pâques, au Saint Sépulcre pour l'assistance à la messe comme tous les ans.

Station de la flagellation - Chemin de Croix Jérusalem

Pour qu'en cette fête de Pâques, avec ces témoignages poignants, les chrétiens de Terre sainte et de Gaza ne soient pas oubliés.

Photo illustration : toits du Saint Sépulcre à Jérusalem

Sabine de Villeroché
Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Chrétiens et juifs persécutés partout dans le monde et nous savons tous qui sont les coupables .

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